    {"id":186,"date":"2020-04-01T03:00:00","date_gmt":"2020-04-01T01:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/bsdrs.org\/?page_id=186"},"modified":"2020-04-01T16:57:58","modified_gmt":"2020-04-01T14:57:58","slug":"episode-deux","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/bsdrs.org\/index.php\/episodes\/episode-deux\/","title":{"rendered":"Episode deux"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-background has-very-dark-gray-color has-luminous-vivid-amber-background-color\"><strong>Deux possibilit\u00e9s s&#8217;offrent \u00e0 vous pour lire cet \u00e9pisode :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-luminous-vivid-amber-color\">==&gt; Soit dans le flibook juste ci-desssous<br>==&gt; Soit directement sur cette page (voir plus bas).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-luminous-vivid-amber-color\"><div class=\"_df_book df-lite\" id=\"df_179\"  title=\"la-galerie-episode-ii\" _slug=\"179\" wpoptions=\"true\" thumb=\"http:\/\/bsdrs.org\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/GalerieBioPropre.png\" thumbtype=\"bg\" ><p class=\"df-raw-loading\">Please wait while flipbook is loading. 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L\u2019interlocuteur demandait assur\u00e9ment s\u2019ils esp\u00e9raient rencontrer \u00e0 nouveau le succ\u00e8s du \u00ab&nbsp;Boulevard des Nimbes&nbsp;\u00bb. Ce \u00e0 quoi l\u2019agent litt\u00e9raire r\u00e9pondait syst\u00e9matiquement&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est le public qui choisit si un livre est un succ\u00e8s&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Cependant, la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait tout autre. Ari n\u2019esp\u00e9rait plus faire para\u00eetre un best-seller&nbsp;; il n\u2019\u00e9crivait m\u00eame plus de roman. Ari n\u2019avait plus connu de succ\u00e8s depuis \u00ab&nbsp;Boulevard&nbsp;\u00bb&nbsp;! Ses deux autres romans, publi\u00e9s l\u2019un \u00e0 la suite de l\u2019autre, dont le d\u00e9sastreux \u00ab&nbsp;Retour au boulevard des Nimbes&nbsp;\u00bb, n\u2019avaient rencontr\u00e9 ni son public ni l\u2019encensement de la critique. Sauf au Qu\u00e9bec. Tout au plus avait-on reconnu la qualit\u00e9 des descriptions et la profondeur des personnages. Quant \u00e0 la qualit\u00e9 de l\u2019intrigue, elle avait \u00e9t\u00e9 tellement d\u00e9cri\u00e9e par la critique que les ventes avaient subi de plein fouet une panne de croissance. Les r\u00e9seaux sociaux avaient port\u00e9 le coup fatal en sonnant l\u2019hallali des deux \u0153uvres. Il n\u2019en restait pas moins que le premier opus continuait \u00e0 faire recette.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il s\u2019en vendait&nbsp;! Oui. Cependant, cela n\u2019arrangeait en rien la situation p\u00e9cuniaire d\u2019Aristote, dont les droits d\u2019auteur \u00e9taient correctement n\u00e9goci\u00e9s, mais les ventes r\u00e9currentes pas assez importantes. Depuis 2009, l\u2019ann\u00e9e de parution de \u00ab&nbsp;Boulevard&nbsp;\u00bb, le bin\u00f4me \u00ab&nbsp;Aristote \u2013 Claude&nbsp;\u00bb avait tent\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises de c\u00e9der les droits au cin\u00e9ma ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Le sujet \u00e9tait bon, le succ\u00e8s litt\u00e9raire au rendez-vous, mais le monde du cin\u00e9ma et de la production n\u2019avait pas oubli\u00e9 le lourd pass\u00e9 de Claude, quand il \u00e9tait encore acteur.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Personne ne lui avait jamais pardonn\u00e9 l\u2019accident de voiture qui avait co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 la prestigieuse et prometteuse actrice, la pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e des Fran\u00e7ais, G\u00e9raldine Dulac. La dispute pr\u00e9alable en plein festival, l\u2019abus d\u2019alcool et les menaces prof\u00e9r\u00e9es ne plaidaient pas en sa faveur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il avait mis des ann\u00e9es \u00e0 s\u2019en remettre. Il avait d\u00fb vivre cach\u00e9, et avait pris le temps de r\u00e9appara\u00eetre, l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019attendait pas, bien entendu. Apr\u00e8s le rachat d\u2019une petite maison d\u2019\u00e9dition \u2013 les \u00c9ditions du Rose \u2013, il \u00e9tait rest\u00e9 cantonn\u00e9 quelque temps dans le genre \u00e9rotique. Et ce fut la surprise totale dans le microcosme litt\u00e9raire lorsqu\u2019il op\u00e9ra un changement de nom pour cette entreprise \u2013 Le Rose et la Noire \u2013 et qu\u2019il fit para\u00eetre le tr\u00e8s noir polar \u00ab&nbsp;Boulevard&nbsp;\u00bb, \u0153uvre d\u2019un jeune auteur inconnu, Aristote Lizuvian, analyste politique de son \u00e9tat.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Depuis, le duo avait fait du chemin. Trois romans, quelques essais et cette id\u00e9e saugrenue venue sur la table un soir alors que le whisky allong\u00e9 \u00e0 l\u2019Eau de Perrier coulait \u00e0 flots et que la fum\u00e9e dans le petit bureau lui donnait un air d\u2019Ath\u00e8nes les jours de forte pollution. Tout \u00e9tait flou, rien n\u2019\u00e9tait net. Pour tout avouer, les id\u00e9es \u00e9taient aussi brumeuses qu\u2019un matin d\u2019automne dans le bocage normand. Alors, quand Claude fit jaillir de son cerveau \u00ab&nbsp;La Solution Financi\u00e8re&nbsp;\u00bb, Ari partit dans une franche rigolade.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Elle ne dura que quelques secondes. Claude calma le jeu et demanda \u00e0 Ari de bien y r\u00e9fl\u00e9chir. La Solution \u00e9tait pourtant \u00e9vidente. La mise en place en \u00e9tait facile et elle ne co\u00fbtait rien en mise en \u0153uvre. \u00ab&nbsp;Sauf mon temps&nbsp;!&nbsp;\u00bb fit remarquer Ari. \u00ab&nbsp;As-tu quelque chose de mieux \u00e0 faire que de pondre tes foutues analyses de droite pour ces connards de fonctionnaires europ\u00e9ens&nbsp;?&nbsp;\u00bb questionna Claude. Et l\u2019affaire fut entendue.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari s\u2019\u00e9tait donn\u00e9 \u00e0 fond dans cette nouvelle activit\u00e9. Il s\u2019enfermait pendant deux ou trois mois, pondait des notes et des notes, et donnait naissance aux personnages qu\u2019il avait observ\u00e9s au jour le jour dans diff\u00e9rents lieux pendant ces p\u00e9riodes qu\u2019il qualifiait \u00ab&nbsp;jours d\u2019enqu\u00eate&nbsp;\u00bb. Elles s\u2019\u00e9talaient g\u00e9n\u00e9ralement sur quatre semaines, voire six. Durant ces moments, il cherchait le public&nbsp;: en rue, sur les terrasses, dans les halls d\u2019a\u00e9roport ou de gare, dans les salles d\u2019attente ou encore dans les d\u00eeners auxquels Claude le conviait. Il se mettait \u00e0 tous les observer, \u00e0 les comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Toujours muni de son carnet et de son dictaphone, Ari racontait la vie des gens ou l\u2019inventait quand il ne poss\u00e9dait pas assez d\u2019\u00e9l\u00e9ments. Petit \u00e0 petit et au fil des deux ann\u00e9es qu\u2019avaient dur\u00e9 les observations, il \u00e9tait capable d\u2019imaginer la vie des autres, rien qu\u2019en les voyant. Deux ans d\u00e9j\u00e0&nbsp;!&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Une seule condition&nbsp;\u00bb, avait \u00e2nonn\u00e9 Ari, lors de cette soir\u00e9e de 2015. \u00ab&nbsp;Je t\u2019\u00e9coute&nbsp;\u00bb, avait r\u00e9pondu Claude. \u00ab&nbsp;Je n\u2019apparais nulle part. Tu n\u00e9gocies tout. Ils peuvent savoir que c\u2019est moi qui \u00e9cris, mais l\u2019information est confidentielle\u2026 contractuellement m\u00eame&nbsp;\u00bb. Bien s\u00fbr, Claude avait accept\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Deux ans que ce dr\u00f4le de business durait. Ari cr\u00e9ait des personnages. \u00c0 la base, il excellait d\u00e9j\u00e0 dans cet exercice. Mais depuis qu\u2019il ne faisait plus que \u00e7a, il s\u2019\u00e9tait perfectionn\u00e9 \u00e0 un point tel qu\u2019ils en devenaient r\u00e9els. Il \u00e9tait capable de composer des familles enti\u00e8res, de r\u00e9diger des biographies crois\u00e9es. Ses fiches \u00e9taient parfaites, aucun d\u00e9tail ne manquait. C\u2019\u00e9tait comme si ces \u00eatres vivaient vraiment. Leur donner vie ne demandait qu\u2019une photo ou un jeu d\u2019acteur, m\u00eame scolaire ou mauvais.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c9conomiquement, l\u2019op\u00e9ration \u00e9tait int\u00e9ressante. Claude prenait son immuable pourcentage&nbsp;: quinze points. Et Ari r\u00e9cup\u00e9rait le solde en paiements fractionn\u00e9s et mensualis\u00e9s. Cela avait \u00e9t\u00e9 une exigence de Claude qui connaissait l\u2019oiseau et ses m\u0153urs parfois \u00e9tranges. Ari n\u2019aimait pas poss\u00e9der des choses. Il \u00e9tait propri\u00e9taire de son appartement parce que Claude l\u2019y avait presque forc\u00e9. Idem pour les quelques \u00e9conomies.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En revanche, Ari aimait les voyages, les rencontres et les choses futiles selon Claude&nbsp;: de beaux h\u00f4tels, de jolies fringues, et cette dr\u00f4le de passion pour la course hippique. Bref, Claude \u00e9tait son agent, certes. Mais il \u00e9tait aussi son \u00e9diteur, son conseiller, le type qui pensait \u00e0 tout \u00e0 sa place. Et Ari&nbsp;? Qu\u2019\u00e9tait-il pour Claude&nbsp;? Il arrivait parfois \u00e0 Ari de se poser la question. Certainement pas un Eldorado litt\u00e9raire. Quoiqu\u2019avec la vente de personnages en ce printemps&nbsp;2017, les revenus avaient doubl\u00e9. La mensualit\u00e9 d\u2019Ari \u00e9tait maintenant plus que confortable. La strat\u00e9gie d\u2019Ari \u00e9tait payante, et des personnages, il en avait encore en stock. La \u00ab&nbsp;Galerie&nbsp;\u00bb grossissait \u00e0 vue d\u2019\u0153il, pour le plus grand bien de tous. Ari et Claude y trouvaient leur compte, et les auteurs et \u00e9diteurs b\u00e9n\u00e9ficiaient de travaux d\u2019orf\u00e8vrerie en mati\u00e8re de personnages, des leurs attributs physiques, psychiques, psychologiques ou sociaux.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Puis, il y avait eu ce jour de mars 2017. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, cette fameuse soir\u00e9e o\u00f9 tout avait chang\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Comme chaque ann\u00e9e, Ari avait refus\u00e9 de se montrer \u00e0 la Foire du Livre de Bruxelles. D\u2019ailleurs, il refusait tous les autres salons litt\u00e9raires, sauf celui de Montr\u00e9al au Canada o\u00f9 \u00ab&nbsp;Retour au Boulevard des Nimbes&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Noire Police&nbsp;\u00bb avaient connu un petit succ\u00e8s. Un succ\u00e8s moindre que le premier roman, mais un succ\u00e8s quand m\u00eame. Quant \u00e0 Claude, exil\u00e9 \u00e0 Bruxelles depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;2000, il y \u00e9tait comme chez lui. Prenant son r\u00f4le d\u2019agent tr\u00e8s au s\u00e9rieux, que ce soit pour Ari ou pour les autres auteurs dont il s\u2019occupait dans une moindre mesure, le salon de Bruxelles, c\u2019\u00e9tait son terrain de chasse.&nbsp;<em>The place to be<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Les \u00e9ditions \u00ab&nbsp;le Rose et la Noire&nbsp;\u00bb y \u00e9taient pr\u00e9sentes comme il se doit&nbsp;avec un stand de bonne taille. Un comptoir en merisier avec deux charmantes h\u00f4tesses. Des portraits des principaux auteurs sur les murs, des bouquins dans de jolis rayons, en merisier eux aussi et un petit salon. Un plus petit stand annex\u00e9 au principal voyait son entr\u00e9e cach\u00e9e par un petit rideau aux motifs coquins derri\u00e8re lesquels se cachaient les \u0153uvres plus sulfureuses du catalogue. Moins de dix-huit ans, s\u2019abstenir. Un peu en retrait, un petit salon pouvait recevoir quatre personnes. Selon Claude, leur meilleur client \u00e9tait venu s\u2019y asseoir sans y \u00eatre invit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Comme \u00e7a, il s\u2019est assis et a demand\u00e9 \u00e0 te parler des profils&nbsp;?&nbsp;\u00bb avait demand\u00e9 Ari. Claude avait acquiesc\u00e9 et avait racont\u00e9 cette \u00e9trange rencontre.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">&nbsp;Monsieur Svenson avait la quarantaine d\u00e9j\u00e0 bien entam\u00e9e. Des cheveux presque longs, une barbe partielle en forme de bouc, fournie, elle aussi, et de couleur poivre et sel. Son regard \u00e9tait profond, les yeux ronds et enfonc\u00e9s dans un visage anguleux sauf au niveau des joues. Les rides \u00e9taient profondes et les pattes d\u2019oie marqu\u00e9es, tr\u00e8s marqu\u00e9es m\u00eame. D\u2019apr\u00e8s l\u2019interrogatoire discret fait par Claude, Svenson \u00e9tait n\u00e9 en 1967, en Allemagne au beau milieu d\u2019une caserne de l\u2019U.S. Army. Une m\u00e8re colombienne et un p\u00e8re made in Utah avec de lointaines origines hollandaises avaient donn\u00e9 la vie \u00e0 Juan. \u00ab&nbsp;Oui, il s\u2019appelle Juan&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Toujours d\u2019apr\u00e8s Claude, Svenson \u00e9tait cultiv\u00e9 et semblait faire preuve d\u2019un certain rigorisme en tout. Sans doute, l\u2019emprunt des airs paternels devait y \u00eatre pour quelque chose. La poigne \u00e9tait ferme, la stature imposante et l\u2019homme se tenait droit, m\u00eame assis.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Il \u00e9dite quel genre de livres&nbsp;?&nbsp;\u00bb avait demand\u00e9 Ari. Claude, pour toute r\u00e9ponse avait mot pour mot repris ce que Svenson lui avait dit \u00ab&nbsp;aucun livre, nous faisons des \u00e9tudes tr\u00e8s s\u00e9rieuses, de la prospective.&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Claude rassura Ari. Il avait v\u00e9rifi\u00e9 que la soci\u00e9t\u00e9 Analytika existait bien, qu\u2019elle \u00e9tait inscrite aux greffes du Tribunal du commerce de Bruxelles, et qu\u2019elle b\u00e9n\u00e9ficiait bien d\u2019une reconnaissance aupr\u00e8s du Parlement et du Conseil. Tout \u00e9tait en r\u00e8gle.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Des personnages pour des \u00e9tudes&nbsp;?&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9tait inqui\u00e9t\u00e9 Ari. \u00ab&nbsp;Oui, tu sais c\u2019est comme l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine qui demande \u00e0 des auteurs de science-fiction de cr\u00e9er des sc\u00e9narios pour le futur. Des sc\u00e9narios sur lesquels les strat\u00e8ges se basent pour cr\u00e9er la tactique de demain.&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;&nbsp;Claude s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 convaincant et l\u2019annonce du montant allou\u00e9 par personnage finit par faire admettre \u00e0 Ari le fait que cela valait la peine. Personne ne pouvait payer pr\u00e8s de mille euros par personnage, m\u00eame pas un Musso ou un Thilliez ni m\u00eame leur maison d\u2019\u00e9dition.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le premier mois, Ari suivit scrupuleusement le cahier de charges tr\u00e8s simple&nbsp;: des \u00ab&nbsp;monsieur et madame Tout-le-Monde&nbsp;\u00bb vivant \u00e0 Paris ou \u00e0 Bruxelles. Le premier mois, il voyagea donc entre les deux capitales pour voir des gens et prendre des notes. Toutefois, il ne pouvait s\u2019emp\u00eacher d\u2019imaginer ce \u00e0 quoi ces profils allaient bien pouvoir servir. Seraient-ils des victimes d\u2019attentats terroristes, peut-\u00eatre des otages ou simplement des criminels lambda&nbsp;? Pourquoi pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">De toute \u00e9vidence, puisqu\u2019on attendait de lui des biographies compl\u00e8tes comme celles qu\u2019il fournissait aux auteurs en manque d\u2019inspiration, il d\u00e9cida de faire le travail consciencieusement en oubliant le plus possible pour qui et pourquoi il travaillait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Comme par habitude, Ari s\u2019enferma durant les mois de mai et juin 2017, pour \u00e9crire. Plus exactement, il \u00e9crivait la nuit, dormait jusqu\u2019\u00e0 quatorze heures, r\u00eavassait un peu et allait faire un footing vers dix-sept heures. Il mangeait ensuite, coupait son t\u00e9l\u00e9phone et se mettait \u00e0 rassembler ses notes pour \u00e9crire les biographies dans un format standardis\u00e9. La commande pr\u00e9cisait onze hommes et neuf femmes d\u2019origine europ\u00e9enne, aucun immigr\u00e9.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Au mois d\u2019ao\u00fbt 2017, les vingt personnages furent livr\u00e9s dans un dossier unique. Ari, sous les conseils et l\u2019instance de Claude, avait mitonn\u00e9 les profils aux petits oignons. Il y avait de quoi \u00e9crire une nouvelle \u00e0 la Balzac.&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les personnages avaient du relief.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari se vit dans l\u2019obligation d\u2019attendre la fin du mois d\u2019octobre pour avoir un retour sur le travail fourni. Juan Svenson, selon Claude, \u00e9tait enchant\u00e9. Les personnages s\u2019int\u00e9graient \u00e0 merveille dans les sc\u00e9narios catastrophes sur lesquels son \u00e9quipe travaillait. Mieux, certains personnages leur avaient donn\u00e9 des id\u00e9es. Des histoires \u00e9taient b\u00e2ties au d\u00e9part de la meilleure mati\u00e8re premi\u00e8re qu\u2019il puisse \u00eatre&nbsp;: des personnages model\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Les mois de novembre et d\u00e9cembre furent pour Ari des vacances. Le ch\u00e8que de Svenson n\u2019\u00e9tait pas en bois, d\u2019ailleurs le m\u00e9c\u00e8ne avait gratifi\u00e9 Ari et Claude d\u2019un bonus suppl\u00e9mentaire qui portait le portrait aux environs de mille cinq cents euros l\u2019unit\u00e9, conversion dollar-euro faite. Ainsi Ari v\u00e9g\u00e9ta quelque peu, mais commen\u00e7a un projet fou, celui de construire une \u00ab&nbsp;vraie galerie&nbsp;\u00bb, une source dans laquelle il pourrait puiser \u00e0 chaque nouvelle demande. Il voulait prendre de l\u2019avance en cr\u00e9ant une foultitude de personnages, que ce soit pour des romanciers ou des clients plus particuliers comme Svenson. \u00ab&nbsp;Le monsieur Tussaud du personnage de fiction, voil\u00e0 ce que je veux devenir&nbsp;!&nbsp;\u00bb avait annonc\u00e9 Ari \u00e0 Claude. Et il s\u2019\u00e9tait mis au travail.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Son rythme avait chang\u00e9. Il avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019\u00e9criture matinale, le sport ensuite, et les sorties le soir pour rencontrer des gens, sa principale source d\u2019inspiration. Le travail \u00e9tait devenu m\u00e9thodique, presque religieux. L\u2019interaction entre les personnages \u00e9tait devenue possible, et certains d\u2019entre eux connaissaient des destins crois\u00e9s, des trajectoires parall\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Claude s\u2019\u00e9tait grandement \u00e9tonn\u00e9 de la r\u00e9ponse d\u2019Ari quand il lui avait demand\u00e9 combien de jours il lui fallait par personnage. \u00ab&nbsp;\u00c7a ne marche pas comme \u00e7a&nbsp;!&nbsp;\u00bb avait expliqu\u00e9 Ari. La seule statistique valable consistait \u00e0 se baser sur les r\u00e9sultats finaux. Sur une semaine, il pouvait faire aboutir quinze personnages avec des biographies sommaires. Sur un mois, il \u00e9tait capable de pondre un peu plus de cinquante profils, biographies crois\u00e9es et compl\u00e8tes termin\u00e9es. Voil\u00e0 pour ce qui \u00e9tait du rythme de travail d\u2019Aristote Livuzian, ex-auteur, n\u00e8gre biographique. Et cela payait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En mars 2018, Ari prit quelques jours de rel\u00e2che. Plus question pour lui de fr\u00e9quenter Libeuro, ce regroupement de parlementaires Europ\u00e9ens lib\u00e9raux qui \u0153uvraient \u00e0 une Europe plus lib\u00e9rale, moins spongieuse socialement, plus \u00e0 droite et asservie au Capital. Fini pour lui de chiquer des id\u00e9es pour les autres et de les transposer pour que les donneurs d\u2019ordre en comprennent le message. Termin\u00e9. Les rixes avec les autres camps par mots interpos\u00e9s dans des analyses ou des discours amphigouriques dont il \u00e9tait l\u2019invisible compositeur&nbsp;: oubli\u00e9es. Cela \u00e9tant, ne plus affronter les t\u00eates pensantes des extr\u00eames, de droite comme de gauche, lui manquait un peu. C\u2019\u00e9tait encore la seule utilit\u00e9 qu\u2019il avait trouv\u00e9e dans son emploi pr\u00e9c\u00e9dent, combattre les ogres affam\u00e9s de la libert\u00e9 des autres.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Avec ces changements, les raisons d\u2019appeler Sofia tous les deux jours allaient manquer. Ils s\u2019aimaient, il en \u00e9tait certain. Elle aussi. Le temps, en revanche, n\u2019avait jamais synchronis\u00e9 leurs vies. Et c\u2019\u00e9tait le cas depuis Sciences-Po, Paris. Pourtant en 2010, il avait pens\u00e9 que ses fonctions d\u2019analyste et de r\u00e9dacteur chez Libeuro \u00e9taient \u00ab&nbsp;la&nbsp;\u00bb bonne raison pour elle de se rapprocher de lui plus encore. Mais la vie s\u2019\u00e9tait charg\u00e9e de tracer un nouveau sillon professionnel pour Sofia&nbsp;: Radio France l\u2019avait engag\u00e9e comme journaliste internationale. Et Bruxelles n\u2019\u00e9tait pas dans son scope. Il leur restait les Skype, les coups de fil de fin de soir\u00e9e o\u00f9 l\u2019un ou l\u2019autre regrettait d\u2019avoir pris telle ou telle route sans se soucier des intentions et des contingences de l\u2019autre. Mais ils s\u2019aimaient, ils s\u2019aimaient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Alors Ari, en cette fin mars 2018, s\u2019\u00e9tait point\u00e9 chez elle, quelques jours seulement. Une pause dans le temps, une suspension dans leur vie. D\u00e9but avril, il avait remis sur le m\u00e9tier sa \u00ab&nbsp;Galerie&nbsp;\u00bb&nbsp;; une urgence en \u00c9thiopie ayant d\u00e9clench\u00e9 le d\u00e9part soudain de Sofia pour Addis-Abeba dont les habitants f\u00eataient, ou pas, la nomination d\u2019Abiy Ahmed comme Premier ministre du Pays des Origines.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019hiver&nbsp;2018, Ari se concentra sur sa \u00ab&nbsp;Galerie&nbsp;\u00bb. Claude continuait \u00e0 vendre des profils, des personnages. Il \u00e9tait parvenu \u00e0 \u00e9tendre l\u2019offre \u00e0 une client\u00e8le plus internationale, gr\u00e2ce \u00e0 Svenson. Juan l\u2019avait mis en relation avec d\u2019autres clients. Cette fois de v\u00e9ritables \u00e9diteurs made in America. Le duo vendait ainsi une vingtaine de personnages par mois, en fonction de la demande. Les autres personnages, qu\u2019Ari cr\u00e9ait monastiquement, venaient remplir une sorte de r\u00e9serve de recrutement.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Son appartement \u00e9tait devenu une nourricerie pour personnages. Ils y prenaient vie, s\u2019y \u00e9duquaient, s\u2019y mariaient, connaissaient des coups du sort. Parfois, la chance frappait \u00e0 leur porte, d\u2019autres fois, ils loupaient le coche. Leur intimit\u00e9 prenait sa source au milieu de ces meubles sobres et noirs, sur le bureau Empire, la seule touche rustique dans cette loggia de la modernit\u00e9. L\u2019ordinateur chauffait le sous-main en cuir rouge, et le ventilateur du Mac faisait parfois trembler quelques ustensiles de bureau et le verre de X\u00e9r\u00e8s, intime compagnon des temps d\u2019\u00e9criture d\u2019Ari.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En v\u00e9ritable d\u00e9miurge, Ari ne cr\u00e9ait pas seulement des personnages, il leur fa\u00e7onnait aussi un monde dans lequel ils pouvaient \u00e9voluer et vivre. Presque tout \u00e9tait vrai, il se servait d\u2019universit\u00e9s existantes, de villes, de villages, d\u2019\u00e9coles, de meutes scoutes. Tenez, la onzi\u00e8me unit\u00e9 d\u2019une petite ville frontali\u00e8re entre la France et la Belgique, par exemple. Tout \u00e9tait dans le d\u00e9tail. Quand il cr\u00e9ait un personnage, Ari s\u2019int\u00e9ressait \u00e0 son ann\u00e9e de naissance et notait m\u00e9ticuleusement quels \u00e9taient les faits marquants de son jour et de son mois de naissance. Ainsi reportait-il sur la biographie du personnage les \u00e9l\u00e9ments qui auraient pu influencer ses parents \u00e0 choisir tel ou tel pr\u00e9nom. Ari poussait sa m\u00e9ticulosit\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame en choisissant les noms de bapt\u00eame et en fonction des tendances de l\u2019\u00e9poque, de l\u2019origine sociale du personnage. Pour les noms de famille, Ari se servait d\u2019annuaires t\u00e9l\u00e9phoniques de l\u2019\u00e9poque chin\u00e9s en ligne sur le site Delcampe.Net.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">La \u00ab&nbsp;Galerie&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9toffait. Elle se chiffrait \u00e0 pr\u00e8s de deux cents personnages en stock continuel en d\u00e9cembre 2018. C\u2019est alors que le troisi\u00e8me \u00ab&nbsp;momentum&nbsp;\u00bb arriva. La vie d\u2019Ari avait chang\u00e9 quand Claude avait \u00e9clair\u00e9 leur vie de cette id\u00e9e de \u00ab&nbsp;Galerie&nbsp;\u00bb. Ensuite, avec la commande de Svenson, Ari \u00e9tait mont\u00e9 en puissance. L\u2019incursion de Juan dans la vie d\u2019Ari allait vraiment tout chambouler.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Cela devait \u00eatre en janvier 2019. \u00ab&nbsp;Comment \u00e7a&nbsp;? Arr\u00eater&nbsp;?&nbsp;\u00bb demanda Ari, interdit. \u00ab&nbsp;Pas arr\u00eater, mais travailler exclusivement pendant quelques mois pour Analytika, la soci\u00e9t\u00e9 de Svenson&nbsp;\u00bb, r\u00e9pondit Claude. \u00ab&nbsp;Combien&nbsp;?&nbsp;\u00bb, avait demand\u00e9 Ari par deux fois. \u00ab&nbsp;Cent vingt profils avec une derni\u00e8re livraison dans un peu plus d\u2019un an. En f\u00e9vrier 2020&nbsp;\u00bb, avait confirm\u00e9 Claude. Des livraisons par acomptes et fractionn\u00e9es. Ari n\u2019avait pas re\u00e7u la nouvelle \u00e0 bras ouverts. Cependant, le montant total \u00e9tait int\u00e9ressant, il effa\u00e7ait les quelques inqui\u00e9tudes d\u2019Ari. Puis, Claude avait eu l\u2019intelligence de minimiser le rythme et la vitesse de croisi\u00e8re d\u2019Ari. \u00ab&nbsp;Cela te laissera aussi du temps pour continuer \u00e0 faire grandir ta Galerie, sans y puiser le moindre profil pour Svenson&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En revanche, le cahier des charges \u00e9tait plus rude, plus contraignant. Certains personnages devaient avoir v\u00e9cu dans telle ou telle ville. D\u2019autres devaient imp\u00e9rativement travailler dans un secteur pr\u00e9cis. Il en allait de m\u00eame pour leur situation maritale ou encore leurs ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux ou judiciaires. Les pr\u00e9f\u00e9rences sexuelles et les app\u00e9tences politiques, aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Mais la r\u00e9volution, le v\u00e9ritable changement, consistait \u00e0 obliger Ari \u00e0 rencontrer physiquement Svenson pour les livraisons. Ainsi, il \u00e9tait pr\u00e9vu que les deux hommes se voient une premi\u00e8re fois en avril, puis en juillet et octobre 2019. Pour l\u2019ann\u00e9e&nbsp;2020, l\u2019ultime livraison \u00e9tait envisag\u00e9e en f\u00e9vrier, si Ari parvenait \u00e0 tenir le rythme. Concernant les modalit\u00e9s de paiement, il avait \u00e9t\u00e9 convenu qu\u2019un solde de cent mille euros serait pay\u00e9 \u00e0 l\u2019issue du travail, et que chaque mois, la soci\u00e9t\u00e9 Analytika paierait aux \u00c9ditions \u00ab&nbsp;Le Rose et la Noire&nbsp;\u00bb un montant forfaitaire mensuel d\u2019un peu plus de huit mille euros. De quoi faire un total de deux cent mille euros \u00e0 la fin du deal.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-luminous-vivid-amber-color\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<p><em>Huit mois avant le pic \u00e9pid\u00e9mique, Bruxelles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En cette fin de matin\u00e9e du mardi 2 avril 2019, le thermom\u00e8tre talonnait les douze degr\u00e9s. Le soleil \u00e9tait de la partie et les nuages avaient d\u00e9sert\u00e9 la toile qui s\u2019\u00e9talait devant Ari. Debout, devant l\u2019entr\u00e9e du parc du Cinquantenaire c\u00f4t\u00e9 M\u00e9rode, il observait l\u2019arche surmont\u00e9e du quadrige et son Brabant brandissant l\u2019\u00e9tendard national. Bien que vermoulue, l\u2019\u0153uvre l\u2019avait toujours impressionn\u00e9. Bruxelles \u00e9tait assur\u00e9ment une ville culturelle, m\u00eame pour le Fran\u00e7ais, un peu chauvin, qu\u2019il \u00e9tait. Aussi, lorsque Juan, par l\u2019interm\u00e9diaire de Claude, avait propos\u00e9 comme lieu de rendez-vous le Mus\u00e9e Royal de l\u2019Arm\u00e9e et de l\u2019Histoire Militaire \u2013 le MRA \u2013, Ari avait tout de suite pens\u00e9 \u00e0 faire la comparaison avec les Invalides. \u00c0 chacun ses gloires et sa grandeur&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Toute proportion gard\u00e9e, Ari longea l\u2019all\u00e9e de piliers sous un pr\u00e9au d\u00e9nu\u00e9 de nom de batailles victorieuses et entra dans le MRA. Le hall \u00e9tait immense, les trois pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 la caisse avaient des mines de cerb\u00e8res, voire de sentinelles mal \u00e9veill\u00e9es. Sans aucune marque de sympathie humaine, le factionnaire d\u00e9di\u00e9 aux visiteurs francophones lui tendit son billet contre paiement, et l\u2019invita avec insistance \u00e0 d\u00e9poser son sac \u00e0 dos dans la salle des \u00ab&nbsp;coffres&nbsp;\u00bb pr\u00e9vus \u00e0 cet effet. Ari se soumit \u00e0 l\u2019injonction avec une certaine discipline et plongea derri\u00e8re le plexi du petit box ses effets personnels. Il v\u00e9rifia toutefois que la clef USB \u00e9tait bien dans la poche arri\u00e8re de son jean.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Par r\u00e9flexe, il porta la main vers la poche avant droite de son pantalon, h\u00e9sita un moment, ouvrit&nbsp;le box \u00e0 l\u2019aide du code \u00e0 trois chiffres fra\u00eechement choisi, et fouilla son sac. Rien. Encore une fois, Ari avait oubli\u00e9 son t\u00e9l\u00e9phone. La guigne&nbsp;! Il ne savait plus vraiment o\u00f9 il l\u2019avait laiss\u00e9 et se souvenait encore moins du nom de la galerie dans laquelle le rendez-vous \u00e9tait pr\u00e9vu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En toute logique, Ari commen\u00e7a la visite par la salle num\u00e9ro&nbsp;2, la \u00ab&nbsp;salle historique&nbsp;\u00bb. Autour de lui, une myriade de vitrines poussi\u00e9reuses h\u00e9bergeaient quelques uniformes et pi\u00e8ces l\u00e9g\u00e8res. En haut des murs, et sur toute la longueur de la pi\u00e8ce, des drapeaux belges \u2013 noir, jaune et rouge \u2013 faisaient une haie d\u2019honneur de part et d\u2019autre de cet immense vestibule. D\u2019imposants canons aux aff\u00fbts relev\u00e9s pointaient fi\u00e8rement vers les hauteurs comme pour sonner les 101 coups<a><sup>[1]<\/sup><\/a>.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il arpenta le corridor, serpenta parmi les vitrines de bois et de verre contenant uniformes, oriflammes et \u00e9tendards. Lorsque soudainement, un homme d\u2019environ un m\u00e8tre quatre-vingt-dix aux cheveux poivre et sel, aux yeux d\u2019acier et \u00e0 la barbe fournie, s\u2019approcha de lui. Le visage \u00e9tait anguleux des tempes jusqu\u2019aux bajoues que soutenait une m\u00e2choire impressionnante, un peu simiesque, reli\u00e9es par une bouche tr\u00e8s large abritant des dents anormalement grandes. L\u2019homme plongea son regard dans celui d\u2019Ari.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Ne serait-ce pas notre marchand d\u2019\u00e2mes&nbsp;? demanda l\u2019homme.<\/li><li>Euh, si&nbsp;! Vous \u00eates Monsieur Svenson, c\u2019est bien cela&nbsp;? demanda Ari en lui faisant face, la main tendue.<\/li><li>En personne, Monsieur Livuzian. Mais permettez-moi de vous proposer de ne pas nous encombrer de d\u00e9tails, Aristote. Tutoyons-nous.<\/li><li>Mes amis m\u2019appellent Ari, tout simplement Ari.<\/li><li>Et moi Juan&nbsp;! Comment allez-vous&nbsp;? Quelle belle journ\u00e9e, non&nbsp;?&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari \u00e9tait impressionn\u00e9, et il le fut encore plus quand il vit la taille des mains de son interlocuteur. Il n\u2019y avait pas \u00e0 dire, Juan n\u2019\u00e9tait pas du tout \u00e0 l\u2019image qu\u2019Ari s\u2019\u00e9tait construite depuis les quelques mois o\u00f9 il travaillait pour lui. Se rencontrer n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas une si bonne id\u00e9e que \u00e7a de son point de vue. Juan d\u00e9gageait quelque chose d\u2019anormal, d\u2019incongru. Son accent am\u00e9ricain et sa voix grave n\u2019arrangeaient rien au tableau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Ne trouvez-vous pas \u00e9trange que les mus\u00e9es comme ceux-ci ne fassent la part belle qu\u2019aux armes et aux drapeaux&nbsp;?&nbsp;<\/li><li>Euh, si, r\u00e9pondit Ari.<\/li><li>L\u2019homme, pourtant, devrait \u00eatre au centre de tout ce ramdam guerrier et de ce patriotisme mal plac\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Je ne vous suis pas, d\u00e9sol\u00e9.<\/li><li>Eh bien si, au contraire&nbsp;! Ici, on respire mal la peur des soldats. On porte sur l\u2019autel de la gloire nationale des uniformes vides, mais sans sueur, du mat\u00e9riel propre sans boue, des noms de bataille comme des noms de rue, mais sans jamais parler des hommes, des personnages mis \u00e0 part ici et l\u00e0 les noms de certains colonels ou g\u00e9n\u00e9raux&nbsp;!<\/li><li>C\u2019est vrai, admit Ari avec une certaine h\u00e9sitation dans la voix.&nbsp;<\/li><li>Ce sont pourtant les hommes qui cr\u00e9ent les histoires et l\u2019histoire avec un grand H&nbsp;! Et qu\u2019en est-il de la femme qui a cousu ces \u00e9paulettes, l\u00e0&nbsp;? dit-il en montrant du doigt une vareuse de style Empire.<\/li><li>Je ne sais pas, confirma Ari.<\/li><li>Eh bien, personne ne parle d\u2019elle&nbsp;! Non&nbsp;! On pr\u00e9f\u00e8re discourir d\u2019un Jean Moulin ou vanter une Rosa Luxembourg, que d\u2019\u00e9voquer ne f\u00fbt-ce que l\u2019existence du petit ouvrier, moins aventurier, mais bien plus attach\u00e9 \u00e0 la Nation, selon moi, que ces audacieux h\u00e9ros&nbsp;!<\/li><li>C\u2019est pour \u00e7a que je pr\u00e9f\u00e8re aller chez Tussaud, indiqua Ari en regardant vers le plafond.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Juan se tenait debout, t\u00e9tanis\u00e9 par son propre discours. Habit\u00e9&nbsp;? Sans aucun doute, l\u2019\u00e9tait-il. Quant \u00e0 Ari, il remarqua le fran\u00e7ais parfait, l\u2019utilisation de mots idoines et la construction harmonieuse des phrases. Un \u00e9tranger \u00e9duqu\u00e9, pensa-t-il du haut de sa francophilie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Les deux hommes emprunt\u00e8rent le chemin vers les autres salles et les visit\u00e8rent comme s\u2019ils \u00e9taient deux simples touristes \u00e0 Bruxelles. Juan n\u2019\u00e9voqua ni son boulot ni la commande de personnages durant ce temps. Il fut question de tout et de rien, de banalit\u00e9s au sujet des guerres, de la place de l\u2019Europe sur l\u2019\u00e9chiquier international et de l\u2019obligation des pays, pourtant souverains, de faire abn\u00e9gation de leur ADN au profit des d\u00e9cisions prises au Berlaymont. M\u00eame la pourtant tr\u00e8s r\u00e9put\u00e9e salle \u00ab&nbsp;Air et Espace&nbsp;\u00bb ne fit pas plus d\u2019effet \u00e0 Juan que cela.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">La fin de la visite laissa \u00e0 Ari un go\u00fbt \u00e9trange, celui du questionnement. Il resta devant les marches du Mus\u00e9e en regardant Juan Svenson s\u2019\u00e9loigner et lui faire signe de la main, de dos, sans se retourner. Comme convenu, Ari avait respect\u00e9 le deal. Tous les profils \u00e9taient sur la clef USB qu\u2019emportait Juan. Ils \u00e9taient uniques, Ari avait d\u00e9truit toutes les copies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Comment dis-tu qu\u2019elle s\u2019appelle sa soci\u00e9t\u00e9&nbsp;? demanda Sofia.<\/li><li>Analytika. J\u2019ai v\u00e9rifi\u00e9, elle existe bien.<\/li><li>Alors, pourquoi es-tu inquiet, dis&nbsp;? Et qu\u2019est-ce que tu fais pour eux, des analyses politiques&nbsp;?<\/li><li>\u00c9coute, non. C\u2019est plus compliqu\u00e9 que \u00e7a. S\u2019il te pla\u00eet, renseigne-toi aupr\u00e8s de tes coll\u00e8gues.<\/li><li>\u00c7a va, \u00e7a va. Dans quoi t\u2019es-tu fourr\u00e9&nbsp;? Pas de b\u00eatise, hein&nbsp;? Tu viens me voir bient\u00f4t&nbsp;?&nbsp;<\/li><li>Je te rappelle. Je t\u2019embrasse. Je\u2026 Allez, salut ma gazelle.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari raccrocha, songeur. Cela ne faisait qu\u2019une heure qu\u2019il avait quitt\u00e9 Juan, et d\u00e9j\u00e0, son cerveau fulminait. Naturellement, il avait pens\u00e9 \u00e0 Sofia en premier lieu. Toutefois, il lui restait aussi quelques contacts \u00e0 appeler, des contacts g\u00e9ographiquement plus proches, ici \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Dans la soir\u00e9e, les informations de Sofia mises \u00e0 part, les premi\u00e8res nouvelles commen\u00e7aient \u00e0 tomber, la plupart par courriel. Analytika \u00e9tait une entreprise connue sur la place europ\u00e9enne. La plupart des informations corroboraient celles figurant sur le site web de l\u2019entreprise et dans les articles qui lui \u00e9taient consacr\u00e9s. Quelques contacts d\u2019Ari avaient not\u00e9 la position tr\u00e8s atlantiste d\u00e9fendue dans la plupart des analyses r\u00e9dig\u00e9es par l\u2019\u00e9quipe de Juan. Enfin, un journaliste un peu dingue avait \u00e9mis l\u2019id\u00e9e d\u2019une proximit\u00e9 existante entre Analytika et les services secrets am\u00e9ricains. Ari sourit en lisant cette remarque. \u00ab&nbsp;\u00c0 chaque fois qu\u2019un Am\u00e9rloc bosse en Europe, il y a toujours un bobardier pour penser qu\u2019il biberonne \u00e0 la mamelle de la reine des agences, la CIA&nbsp;\u00bb, dit-il tout haut assis dans son canap\u00e9, l\u2019ordinateur sur les genoux et la cigarette au bec.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ce ne fut que le lendemain qu\u2019il fut totalement rassur\u00e9 en lisant le courriel de Sofia. \u00c0 la r\u00e9daction de Radio France et en particulier au sein de son service \u00ab&nbsp;Europe&nbsp;\u00bb, on connaissait la petite soci\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e en prospective sur les risques soci\u00e9taux. RAS, rien \u00e0 signaler.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">C\u2019\u00e9tait tant mieux. Ari n\u2019\u00e9tait pas parvenu \u00e0 aligner la moindre ligne dans la moindre biographie de personnage. C\u2019\u00e9tait comme si son cerveau s\u2019\u00e9tait mis sur \u00ab&nbsp;off&nbsp;\u00bb le temps de savoir.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Apais\u00e9, il avait continu\u00e9 \u00e0 \u00e9crire.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le temps de la deuxi\u00e8me livraison arriva au terme convenu, en juillet. Le temps \u00e9tait encore plus beau que la premi\u00e8re fois, le lieu identique, mais Juan avait insist\u00e9 pour qu\u2019Ari l\u2019attende \u00e0 l\u2019ombre, dans l\u2019une des all\u00e9es arbor\u00e9es du parc du Cinquantenaire. Comme toujours \u00e0 cette \u00e9poque, les all\u00e9es recevaient des coureurs, des marcheurs et de nombreux v\u00e9los d\u2019enfants. Les pelouses \u00e9taient emplies de fl\u00e2neurs, de sportifs se reposant et d\u2019amoureux allong\u00e9s, les yeux dans les arbres ou tourn\u00e9s vers le ciel. L\u2019endroit respirait le calme et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 dans ce poumon vert de la capitale europ\u00e9enne.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>La mosqu\u00e9e d\u00e9forme le paysage, tu ne trouves pas&nbsp;? demanda Juan en s\u2019asseyant sur le m\u00eame banc qu\u2019Ari.<\/li><li>On ne la voit pas trop avec les arbres, en \u00e9t\u00e9&nbsp;!&nbsp;<\/li><li>Moi je trouve que c\u2019est ennuyant de mixer tant de cultures au m\u00eame endroit. C\u2019est \u00e9tonnant cette mollesse des autorit\u00e9s belges. Ce peuple pourtant brave, comme disait C\u00e9sar.<\/li><li>On doit vivre avec son temps, fit remarquer Ari qui ne savait sur quel pied danser.&nbsp;<\/li><li>Tu crois que je te provoque&nbsp;? Que je cherche \u00e0 savoir ce que tu penses&nbsp;? demanda le tr\u00e8s incisif Juan en croisant les jambes et en allongeant les bras sur l\u2019ar\u00eate dorsale comme si le banc lui appartenait.<\/li><li>Non, je crois que tu penses ce que tu dis. Mais je t\u2019avoue que je m\u2019en fous un peu.<\/li><li>Non, non, non&nbsp;! Ari, Ari, Ari&nbsp;! Tu te demandes pourquoi je t\u2019ai choisi&nbsp;! Tu en es encore \u00e0 te poser cette question-l\u00e0. La question que tu te poses depuis le premier portrait que tu as fait pour moi&nbsp;!&nbsp;&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari eut un passage \u00e0 vide. Il se devait de reconna\u00eetre que Juan \u00e9tait un manipulateur n\u00e9, mais surtout qu\u2019il n\u2019avait pas tort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Juan d\u00e9tendit un peu l\u2019atmosph\u00e8re en proposant \u00e0 Ari de l\u2019accompagner pour le d\u00e9jeuner. Il promit de tout lui expliquer entre l\u2019ap\u00e9ro et le caf\u00e9. \u00ab&nbsp;Tout, je te dirai tout.&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 la terrasse du restaurant-grill le Whitlock, il restait une table pour deux personnes. Juan devait avoir pr\u00e9par\u00e9 son coup, pensa Ari, car elle leur \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e. Juan avait une longueur d\u2019avance sur tout, et semblait tout savoir. Le pire, songea Ari, \u00e9tait sa capacit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9voir, \u00e0 anticiper les autres. Tout en commandant et en inspectant les lieux pour mieux se le rem\u00e9morer ult\u00e9rieurement, Ari admit en lui-m\u00eame que Juan lui plaisait, intellectuellement parlant. Il aurait r\u00eav\u00e9 d\u2019\u00eatre aussi s\u00fbr de lui, de pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier de ce comportement assertif qui donne aux hommes qui en jouissent et en usent comme un air de sup\u00e9riorit\u00e9 in\u00e9galable. Ari se demanda si ces gens-l\u00e0 se reconnaissaient entre eux quand ils se rencontraient pour la premi\u00e8re fois.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Tes portraits, tes personnages nous servent \u00e0 alimenter un logiciel de prospective et d\u2019analyse comportementale.<\/li><li>Ah bon&nbsp;! fit Ari avec un l\u00e9ger d\u00e9dain.<\/li><li>Oui. Ils sont comme r\u00e9els. D\u2019ailleurs pour l\u2019ordinateur qui les traite, ils le sont. Ils vivent, comprends-tu&nbsp;?&nbsp;<\/li><li>R\u00e9els&nbsp;?&nbsp;<\/li><li>Oui. Lorsque nous simulons des attaques terroristes ou des, je ne sais pas moi, tiens, des \u00e9pid\u00e9mies ou des crises sanitaires, un Monsieur X ne peut pas avoir d\u2019avis. Et Monsieur X ne peut pas r\u00e9percuter sur son prochain vote communal, f\u00e9d\u00e9ral ou national, son m\u00e9contentement. Tu comprends&nbsp;? Tes personnages, complexes et proches de la r\u00e9alit\u00e9, eux le peuvent.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Et Juan r\u00e9cita de m\u00e9moire quelques personnages qu\u2019Ari lui avait livr\u00e9s. Et avec d\u00e9tails.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>D\u2019o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019Untel, m\u00e9decin, divorc\u00e9, amoureux d\u2019Unetelle et qui vote \u00e0 droite porte le patronyme de Durieux et le pr\u00e9nom de Marc, n\u00e9 \u00e0 Ottiginies le 23 mars 1956, compl\u00e9ta-t-il encore.&nbsp;&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari \u00e9tait scotch\u00e9.&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il h\u00e9sita. Juan avait-il pr\u00e9par\u00e9 tout \u00e7a comme on pr\u00e9pare un discours politique ou un travail oral \u00e0 Sciences-Po&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>C\u2019est pour \u00e7a que je t\u2019ai choisi, toi, Aristote Livuzian&nbsp;! J\u2019ai lu tes romans. Il me fallait un auteur capable de cr\u00e9er des personnages plus vivants que nature.&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Je ne vais pas te questionner sur mes romans&nbsp;? J\u2019imagine que tu les as lus. M\u00eame \u00e7a, finit-il par murmurer, tu l\u2019as fait !<\/li><li>Allez quoi&nbsp;! Ari, mon ami. Elle n\u2019est pas belle la vie&nbsp;! Tes \u00e9crits servent, enfin&nbsp;! Tes personnages sont utiles. En tout cas, plus qu\u2019en \u00e9tant lus par ces imb\u00e9ciles de critiques qui n\u2019ont pas compris qui tu es. Ari&nbsp;! Mon ami, nous allons encore faire de grandes choses, encore. Mais je ne peux pas tout te dire.<\/li><li>Je me doute. Tu me payes, et c\u2019est bien comme \u00e7a.&nbsp;<\/li><li>La notori\u00e9t\u00e9 arrivera, un jour&nbsp;! Tout ce que tu \u00e9cris, m\u00eame si tu ne peux le conserver, tu en acquiers de l\u2019exp\u00e9rience. Crois-moi. Confiance, mon ami, confiance.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Voil\u00e0 bien le genre de baratin qu\u2019Ari abhorrait, mais il avait beau lutter, Juan, s\u2019il \u00e9tait convaincant, essaimait aussi des lueurs de v\u00e9rit\u00e9 dans son discours.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Comme convenu, \u00e0 la fin du repas, juste au moment du caf\u00e9, Juan avait r\u00e9pondu, somme toute avec quelque inh\u00e9rence naturelle, aux questions d\u2019Ari.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Finalement, il trouvait Juan un peu excentrique, intelligent et sympathique. Le naturel revenant au galop, il lui posa de nouvelles questions plus intimes. Aux caf\u00e9s se succ\u00e9d\u00e8rent quelques bi\u00e8res blondes et ambr\u00e9es jusqu\u2019en fin d\u2019apr\u00e8s-midi.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Lorsqu\u2019Ari rentra chez lui, il nota rapidement dans un carnet et \u00e0 la vol\u00e9e les phrases suivantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Juan est n\u00e9 en Allemagne en 1967 dans une caserne am\u00e9ricaine. Sa m\u00e8re est colombienne et son p\u00e8re vient de l\u2019Utah. Juan passe sa jeunesse en Europe. \u00c0 vingt ans, apr\u00e8s de courtes \u00e9tudes en interpr\u00e9tariat (anglais \u2014 arabe), il s\u2019engage dans les Marines o\u00f9 il sert dans diff\u00e9rents pays sud-am\u00e9ricains. C\u2019est de l\u00e0 que lui vient son c\u00f4t\u00e9 boy-scout am\u00e9ricain&nbsp;\u00bb. Il ajouta un tas de questions aussi, celles qu\u2019il lui poserait plus tard, en octobre comme convenu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le troisi\u00e8me rendez-vous fut, tout simplement, report\u00e9 d\u2019une quinzaine. Et \u00e0 la nouvelle date choisie, le 16 novembre 2019, Ari fut invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9poser la clef USB dans les luxueux, mais peu meubl\u00e9s locaux d\u2019Analytika en bordure du parc du Cinquantenaire, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du complexe de l\u2019\u00c9cole Royale militaire.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">L\u2019accueil fut assez chaleureux. Ari dut attendre une bonne dizaine de minutes avant que Juan ne le rejoigne, sourire aux l\u00e8vres. Apr\u00e8s un caf\u00e9 servi aussi rapidement qu\u2019il fut aval\u00e9, Juan coupa court, pr\u00e9textant un vol \u00e0 attraper \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Zaventem. Une seule chose toutefois avait chang\u00e9. \u00ab&nbsp;J\u2019ai besoin des derni\u00e8res biographies compl\u00e8tes au plus tard pour la mi-janvier&nbsp;\u00bb. Et ce fut tout.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">C\u2019\u00e9tait un camouflet pour Ari, qui pensait d\u00e9j\u00e0 pouvoir compl\u00e9ter la fiche de Juan. Cependant, il ne parvint pas \u00e0 \u00eatre en col\u00e8re. M\u00eame la morosit\u00e9 ne l\u2019atteignit pas.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En sortant de la maison de ma\u00eetre, il h\u00e9lait un taxi quand il vit la plaque nominative juste en dessous de celle de la soci\u00e9t\u00e9 Analytika. La plaque cuivr\u00e9e de facture sobre arborait en lettres noires \u00ab&nbsp;Le Bloc des Nations Unies d\u2019Europe&nbsp;\u00bb et la mention \u00ab&nbsp;BNU&nbsp;\u00bb. Ari chercha son t\u00e9l\u00e9phone pour prendre une photo, mais encore une fois, Dieu seul savait o\u00f9 il avait laiss\u00e9 le smartphone. Il ferma alors les yeux et se concentra.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ce ne fut qu\u2019une fois que le taxi eut d\u00e9marr\u00e9 qu\u2019il sortit un petit carnet de sa poche et nota l\u2019information, il l\u2019entoura et annota \u00ab&nbsp;\u00e0 v\u00e9rifier ult\u00e9rieurement&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari rentra alors chez lui et se remit au travail pour la prochaine livraison dont la date allait \u00eatre avanc\u00e9e suite aux \u00e9v\u00e9nements sanitaires, mais \u00e7a, Ari ne le savait pas encore.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Quelques heures plus tard, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du globe, sur un march\u00e9 matinal d\u2019une province de la Chine profonde, un chevillard sp\u00e9cialis\u00e9 dans les animaux sauvages pendait par les pattes quelques pholidotes chass\u00e9s la veille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-background has-text-align-center has-very-dark-gray-color has-luminous-vivid-amber-background-color\"><strong>&#8211; FIN DE L\u2019EPISODE 2 &#8211;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">Vous retrouverez le prochain \u00e9pisode (3) le 8 avril sur notre site.<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><em><a><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;Pour c\u00e9l\u00e9brer la prestation de serment du (nouveau) Roi, 101 coups de canon sont tir\u00e9s.&nbsp;&nbsp;C\u2019est une exception, les principaux \u201csaluts au canon\u201d dans le monde font \u00e9tat de 21 coups.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux possibilit\u00e9s s&#8217;offrent \u00e0 vous pour lire cet \u00e9pisode : ==&gt; Soit dans le flibook juste ci-desssous==&gt; Soit directement sur cette page (voir plus bas). La Galerie &#8211; Episode 2 Deux ans avant le pic \u00e9pid\u00e9mique Pour qui s\u2019inqui\u00e9tait encore d\u2019Aristote Livuzian aupr\u00e8s de son agent Claude Kupfer, celui-ci r\u00e9pondait sempiternellement qu\u2019Ari pr\u00e9parait un nouveau [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":109,"menu_order":1,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-186","page","type-page","status-publish","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v14.6.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Episode deux - Roman-feuilleton<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow\" \/>\n<meta name=\"googlebot\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<meta name=\"bingbot\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/bsdrs.org\/index.php\/episodes\/episode-deux\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Episode deux - Roman-feuilleton\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Deux possibilit\u00e9s s&#8217;offrent \u00e0 vous pour lire cet \u00e9pisode : ==&gt; Soit dans le flibook juste ci-desssous==&gt; Soit directement sur cette page (voir plus bas). 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