    {"id":234,"date":"2020-04-07T23:44:50","date_gmt":"2020-04-07T21:44:50","guid":{"rendered":"http:\/\/bsdrs.org\/?page_id=234"},"modified":"2020-04-07T23:46:01","modified_gmt":"2020-04-07T21:46:01","slug":"episode-trois","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/bsdrs.org\/index.php\/episodes\/episode-trois\/","title":{"rendered":"Episode trois"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-color has-background has-very-dark-gray-color has-luminous-vivid-amber-background-color\"><strong>Deux possibilit\u00e9s s\u2019offrent \u00e0 vous pour lire cet \u00e9pisode :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>==&gt; Soit dans le flibook juste ci-desssous<br>==&gt; Soit directement sur cette page (voir plus bas).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-luminous-vivid-amber-color\"><div class=\"_df_book df-lite\" id=\"df_238\"  title=\"la-galerie-episode-iii\" _slug=\"la-galerie-episode-iii\" wpoptions=\"true\" thumbtype=\"bg\" ><p class=\"df-raw-loading\">Please wait while flipbook is loading. 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Assis dans son v\u00e9hicule, il \u00e9pela chaque syllabe de la chronique&nbsp;: \u00ab&nbsp;BTA12. Une premi\u00e8re victime d\u2019une forme agressive du virus. Ce matin, nous avons appris le d\u00e9c\u00e8s de Guillaume Sargues \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Roubaix.&nbsp; Guillaume \u00e9tait une figure locale de la vie associative. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, il avait consacr\u00e9 toute son \u00e9nergie et sa fortune \u00e0 combattre les opposants aux flux migratoires.&nbsp; Son ONG, Caritas Catholica, pr\u00e9sente en M\u00e9diterran\u00e9e et dans les alc\u00f4ves europ\u00e9ennes, est maintenant orpheline.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Les autres journaux disaient \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose. Tout, absolument tout matchait avec ce qu\u2019Ari avait cr\u00e9\u00e9&nbsp;: l\u2019identit\u00e9, la fonction, l\u2019\u00e2ge, et m\u00eame l\u2019appartenance \u00e0 l\u2019ONG, issue, elle aussi, de son cerveau. Retrouver ses personnages couch\u00e9s sur le papier dans un roman faisait toujours plaisir \u00e0 l\u2019\u00e9crivain qu\u2019il \u00e9tait, mais les voir se mat\u00e9rialiser dans la presse avec une destin\u00e9e funeste, c\u2019\u00e9tait pour lui \u00e0 ne plus rien y comprendre. Le super ordinateur de Juan, contenant le logiciel pr\u00e9dictif, avait-il \u00e9t\u00e9 pirat\u00e9&nbsp;? Ou bien \u00e9tait-il devenu fou au point d\u2019envoyer lui-m\u00eame des d\u00e9p\u00eaches n\u00e9crologiques aux principaux journaux fran\u00e7ais&nbsp;? Ari hallucinait.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Et les journalistes du Figaro&nbsp;? Pourquoi n\u2019avaient-ils pas v\u00e9rifi\u00e9 les informations en d\u00e9tail&nbsp;? Et ceux du Monde, et ceux de Lib\u00e9&nbsp;? Derri\u00e8re son volant, inquiet et \u00e0 l\u2019arr\u00eat, Ari passa une demi-heure \u00e0 \u00e9plucher les feuilles, pour essayer de rep\u00e9rer un nom, un lieu dont il avait le souvenir intime ou dont il pouvait, avec certitude, revendiquer la paternit\u00e9. Revendiquer, oui, mais sans pouvoir le prouver. Comme l\u2019avait demand\u00e9 Juan, jamais Ari n\u2019avait conserv\u00e9 de copie des travaux faits pour lui, m\u00eame pas les premiers jets ou les notes de r\u00e9f\u00e9rence. Seule sa gigantesque m\u00e9moire pouvait t\u00e9moigner de la fourberie qui s\u2019\u00e9talait devant lui.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il fallait appeler Juan, et rapidement. Aussi, Ari se rendit \u00e0 nouveau devant la r\u00e9sidence de Sofia. Comme un peu plus t\u00f4t dans la matin\u00e9e, il sonna.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">L\u00e0-haut, dans l\u2019appartement, Sofia plongea son visage dans l\u2019eau du bain pour se cacher, pour ne plus entendre cette satan\u00e9e sonnerie \u00e9lectronique du parlophone. Le dingue \u00e0 la porte n\u2019avait qu\u2019\u00e0 s\u2019exciter, pensa-t-elle&nbsp;! Il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 de recevoir une r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Devant la grille, en quittant les lieux, Ari tenta une derni\u00e8re fois de sonner. Sofia n\u2019\u00e9tait visiblement pas l\u00e0, sinon, elle lui aurait ouvert apr\u00e8s avoir regard\u00e9 par la fen\u00eatre du balcon. Il avait pourtant besoin d\u2019elle, et pas qu\u2019un peu. Le pas lourd et le dos courb\u00e9, il retourna vers la Lexus, y p\u00e9n\u00e9tra, trouva un stylo et son carnet de moleskine et y griffonna quelques mots. Peut-\u00eatre qu\u2019en rentrant, elle ouvrirait la bo\u00eete aux lettres&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Les yeux clairs \u00e9taient inject\u00e9s de fatigue. Steven n\u2019avait pas ch\u00f4m\u00e9&nbsp;! Cela se voyait. En deux jours, il \u00e9tait parvenu \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me Livuzian. Il avait fait liquider par les deux sicaires attitr\u00e9s tous les t\u00e9moins. Tous, enfin presque. Claude Kupfer manquait \u00e0 l\u2019appel, mais selon les dires des deux nervis, il n\u2019avait pas pu aller bien loin avec une balle dans le dos.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Steven entra dans la maison de ma\u00eetre qui servait, entre autres, \u00e0 h\u00e9berger les activit\u00e9s d\u2019Analytika. Mais en lieu et place d\u2019acc\u00e9der aux bureaux du deuxi\u00e8me \u00e9tage de cette apparemment tr\u00e8s respectable soci\u00e9t\u00e9, il traversa le premier couloir, longea la cuisine du rez-de-chauss\u00e9e, sortit par la baie vitr\u00e9e, parcourra les dalles de ciment de la terrasse sur\u00e9lev\u00e9e, descendit quatre marches, puis s\u2019engouffra entre quelques ch\u00e2taigniers sur l\u2019all\u00e9e rocailleuse. Il se pr\u00e9senta devant la cam\u00e9ra de la maisonnette adoss\u00e9e au mur d\u2019enceinte, cach\u00e9e dans le fond jardin, une sorte de loge pour personnel de maison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">La g\u00e2che d\u00e9clench\u00e9e depuis le bureau \u00e0 l\u2019\u00e9tage lib\u00e9ra la porte dans un bruit de cliquetis. Steven p\u00e9n\u00e9tra presque solennellement dans ce qui semblait \u00eatre un cossu cottage \u00e0 l\u2019ambiance ang\u00e9lique, malgr\u00e9 les tentures tir\u00e9es. Ici, il y avait des choses \u00e0 cacher. Il contourna le petit salon \u00e0 l\u2019anglaise, ouvrit un secr\u00e9taire en merisier et y d\u00e9posa son pistolet automatique apr\u00e8s l\u2019avoir s\u00e9par\u00e9 de son chargeur, mis le cran de s\u00fbret\u00e9, et s\u2019\u00eatre assur\u00e9 de l\u2019absence de balle dans le canon en tirant un peu la glissi\u00e8re vers le bloc du percuteur. C\u2019\u00e9tait un pro.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Quand il arriva \u00e0 la moiti\u00e9 de l\u2019escalier en colima\u00e7on, Steven identifia Juan gr\u00e2ce aux chaussures, et en particulier \u00e0 la taille des pieds qu\u2019elles recouvraient, un honn\u00eate 47. Les mains sur la garde de l\u2019escalier, Juan se fendit d\u2019un demi-sourire. Il pr\u00e9c\u00e9da Steven et se dirigea vers l\u2019imposant bureau en bois brut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">La pi\u00e8ce \u00e9tait sobre. \u00c0 peine un tableau repr\u00e9sentant une sorte de d\u00e9esse d\u00e9valant le champ d\u2019honneur, un large bureau contemporain, deux armoires aust\u00e8res recouvertes d\u2019une patine sombre et verte, le tout l\u00e9g\u00e8rement \u00e9clair\u00e9 par un immense luminaire sur pied, en inox.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Alors&nbsp;? demanda Juan avec autorit\u00e9, tout en invitant Steven \u00e0 s\u2019asseoir.<\/li><li>Alors&nbsp;! Bah&nbsp;! Pas de nouvelles de Kupfer, les flics le cherchent dans les eaux du canal, r\u00e9pondit-il dans un fran\u00e7ais impeccable.&nbsp;<\/li><li>Et les tueurs&nbsp;? insista Juan.<\/li><li>Ils ont fait le boulot. Les nettoyeurs ont \u00e9t\u00e9 nettoy\u00e9s, le N\u00e9gro aussi, comme tu l\u2019avais demand\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Et pour la rue du Noyer&nbsp;? insista Juan.<\/li><li>Tout est r\u00e9gl\u00e9, l\u00e0 aussi. Les flics en sont \u00e0 l\u2019autopsie du corps. Les deux \u00e9tages ont br\u00fbl\u00e9.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Juan le regarda profond\u00e9ment et sortit un porte-documents qu\u2019il tendit \u00e0 son homme \u00e0 tout faire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Voil\u00e0 la suite&nbsp;!&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le d\u00e9c\u00e8s du faux Guillaume Sargues mis \u00e0 part, les journaux rapportaient l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge dans lequel se trouvaient la France et les autres pays voisins. Les peuples d\u2019Italie, de Belgique et d\u2019Espagne souffraient. Seule l\u2019Allemagne semblait conna\u00eetre une propagation plus lente. Tout comme l\u2019Europe, le BTA12 ne connaissait ni les fronti\u00e8res ni la couleur de la peau ni les origines ni m\u00eame encore le milieu social. Bien que pour ce cas pr\u00e9cis, tout le monde n\u2019\u00e9tait pas \u00e9gal devant les soins de sant\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Non&nbsp;! Ce qui \u00e9tait \u00e9trange, ce qui inqui\u00e9tait le corps m\u00e9dical, et donc les autorit\u00e9s d\u00e9munies, c\u2019\u00e9tait la vague impressionnante de contamination dans la population d\u2019un certain \u00e2ge. Un vrai d\u00e9ferlement. La Grande faucheuse \u00e9tait en avance pour nombre d\u2019entre eux. \u00c0 partir de soixante ans, on assistait \u00e0 un Stalingrad sanitaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En France, les quotidiens, d\u00e9j\u00e0 agressifs en temps normal face au gouvernement vacillant, fustigeaient les d\u00e9cisions prises et les h\u00e9sitations incompr\u00e9hensibles. On ne comptait plus les \u00e9ditos presque pamphl\u00e9taires, les haros sur le Premier ministre. On attendait un sauveur, un Mo\u00efse issu du corps m\u00e9dical si cela \u00e9tait possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Quant \u00e0 Ari, il \u00e9tait pr\u00e9occup\u00e9. Oh, bien moins par sa d\u00e9couverte matinale et l\u2019absence de Sofia que par la difficult\u00e9 qu\u2019il allait rencontrer avec les durcissements que l\u2019on annon\u00e7ait et qui n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 prendre \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Seul, dans le sud, h\u00e9berg\u00e9 dans une location dont le propri\u00e9taire n\u2019allait pas tarder \u00e0 devoir fermer les volets, le temps du confinement, Ari n\u2019avait pas d\u2019autre choix que de remonter \u00e0 Bruxelles. Tous les pays demandaient d\u2019ailleurs \u00e0 ce que leurs ressortissants ou r\u00e9sidents de longue dur\u00e9e fassent mouvement vers le bercail.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Comme il lui restait quelques jours de location pour la Lexus, et qu\u2019il \u00e9tait inutile de cr\u00e9er un probl\u00e8me suppl\u00e9mentaire, il d\u00e9cida de la d\u00e9poser devant l\u2019agence la plus proche, \u00e0 B\u00e9ziers. Cela l\u2019arrangeait bien, c\u2019\u00e9tait une grande ville. Il est plus facile de d\u00e9guerpir d\u2019une cit\u00e9 importante que d\u2019un village.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari d\u00e9posa donc la voiture devant l\u2019enseigne Hertz et jeta les clefs dans la bo\u00eete aux lettres de l\u2019agence avec un petit mot d\u2019explication. Il en avait fait de m\u00eame au g\u00eete, le propri\u00e9taire \u00e9tant absent. Il se retrouva dans la rue avec son bagage \u00e0 main, un sac de voyage de moyenne taille, et ses inqui\u00e9tudes. L\u2019heure n\u2019\u00e9tait pourtant pas \u00e0 la p\u00e9nitence ou aux lamentations. Il lui fallait se mettre en marche.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Apr\u00e8s quelques kilom\u00e8tres \u00e0 pied, dans cette ville o\u00f9 le trafic avait d\u00e9j\u00e0 ralenti de plus de moiti\u00e9, il pr\u00e9f\u00e9ra marcher en direction de la p\u00e9riph\u00e9rie. Il dut demander, par trois fois, son chemin. Ari ne serait pas Ari s\u2019il avait pens\u00e9 \u00e0 pr\u00e9alablement charger son t\u00e9l\u00e9phone portable r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 dans la besace qu\u2019il portait en bandouli\u00e8re. De toute fa\u00e7on, pensa-t-il, appeler Juan ne servait \u00e0 rien, autant avoir une discussion avec lui de vive voix.&nbsp;&nbsp;Alors, t\u00e9l\u00e9phone d\u00e9charg\u00e9 ou pas, il avan\u00e7a, strat\u00e9gie de retour en t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 plus de mille kilom\u00e8tres de l\u00e0, Steven p\u00e9n\u00e9tra dans le parking indiqu\u00e9 sur la feuille de mission concoct\u00e9e par Juan. Elle \u00e9tait l\u00e0, pourvue de plaques diplomatiques europ\u00e9ennes, la Peugeot&nbsp;508 du parlementaire fran\u00e7ais soudoy\u00e9. Noire et \u00ab&nbsp;full option&nbsp;\u00bb, la berline allait permettre \u00e0 Steven de passer presque inaper\u00e7u, et les papiers dans la bo\u00eete \u00e0 gants lui serviraient de s\u00e9same devant n\u2019importe quel policier ou gendarme fran\u00e7ais.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le g\u00e9ant d\u00e9marra la voiture, sortit du parking par la rue de la Loi et fon\u00e7a vers la petite ceinture vid\u00e9e de tout trafic. Sa nouvelle mission commen\u00e7ait, et il devait bien se l\u2019avouer, cela le faisait bander. Ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois que sa cible rencontrait le courroux de Juan, mais cette fois, elle avait d\u00e9pass\u00e9 les limites, et la correction \u00e9tait au programme. Une correction ultime s\u2019il en croyait les termes \u00ab&nbsp;exp\u00e9dition punitive&nbsp;\u00bb prononc\u00e9s par Juan quelques heures plus t\u00f4t.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le soleil se couchait et une fine pluie accompagna Steven jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re fran\u00e7aise, qu\u2019il franchit sans mal gr\u00e2ce au macaron sigl\u00e9 RF sur le pare-brise et aux plaques aux lettres bleues sur fond blanc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari avait patient\u00e9 et chin\u00e9 trois heures avant de trouver le bon v\u00e9hicule dans la zone industrielle. Sans manger et sans boire, il avait arpent\u00e9 des all\u00e9es, s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 sur des parkings d\u2019entreprises et avait enfin d\u00e9nich\u00e9 le \u00ab&nbsp;spot&nbsp;\u00bb id\u00e9al&nbsp;: une soci\u00e9t\u00e9 de logistique. Il avait attendu, mais pas trop.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il commen\u00e7ait \u00e0 faire sombre et le chauffeur du puissant camion en finissait avec la paperasse sur le quai de chargement. \u00ab&nbsp;Attendez-moi devant la grille, je vous chargerai juste \u00e0 la sortie. D\u2019ici l\u00e0, profil bas&nbsp;\u00bb, avait entonn\u00e9 plus t\u00f4t de son accent marseillais le routier en comptant les sept billets de cent euros re\u00e7us d\u2019Ari.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Pour les quatorze ou quinze prochaines heures, jusqu\u2019en bordure d\u2019Arras, Ari serait en compagnie de celui qui disait s\u2019appeler R\u00e9my, chauffeur de poids lourds, c\u00e9libataire, sans enfant, ancien l\u00e9gionnaire, assez faraud de son existence tout enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le sexag\u00e9naire d\u00e9garni \u00e9tait assez \u00ab&nbsp;brut de d\u00e9coffrage&nbsp;\u00bb, mais il avait le c\u0153ur sur la main. Tr\u00e8s vite, il offrit \u00e0 Ari de partager sa nourriture et lui tendit une bi\u00e8re sans alcool tout juste sortie du frigo portatif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Un peu plus tard, dans la cabine du camion, alors que la nuit s\u2019\u00e9tait install\u00e9e et que l\u2019autoroute \u00e9tait plong\u00e9e dans la nuit noire, R\u00e9my annon\u00e7a basculer en \u00ab&nbsp;mode rouge&nbsp;\u00bb. Il alluma alors une s\u00e9rie de LED sang-de-b\u0153uf \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du tracteur, et baissa la luminosit\u00e9 du tableau de bord et des diff\u00e9rents instruments. \u00ab&nbsp;Et maintenant, fado&nbsp;\u00bb, lan\u00e7a-t-il, choisissant une playlist qui devait contenir la totalit\u00e9 des titres plaintifs disponibles sur Spotify. Ils en avaient pour quelques heures, le temps de faire connaissance et d\u2019apprendre les silences de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 l\u2019approche du premier p\u00e9age, alors qu\u2019Ari finissait sa deuxi\u00e8me bi\u00e8re, R\u00e9my durcit un peu le ton.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>\u00c0 l\u2019arri\u00e8re, camarade&nbsp;! On ne va pas se faire gauler au premier checkpoint, dit-il sur un air martial et convaincu.<\/li><li>On s\u2019en fiche, j\u2019ai ma carte de presse&nbsp;! le rassura Ari.<\/li><li>Ce sera un bon entra\u00eenement, fils&nbsp;! lui intima le sexag\u00e9naire. File dans mes quartiers. Zou.&nbsp;&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari obtemp\u00e9ra, plus par jeu que par suj\u00e9tion. Le routier avait toutefois fait preuve d\u2019une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 qui l\u2019avait \u00e9tonn\u00e9 d\u00e8s la premi\u00e8re mesure.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le camion passa le p\u00e9age par la porte des paiements automatiques. Personne n\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent sur les quais, pas m\u00eame l\u2019ombre d\u2019un policier. Pour le reste, la gare \u00e9tait vide de voiture. Seuls quelques camions d\u00e9c\u00e9l\u00e9raient et repartaient \u00e0 l\u2019assaut de la grande bande d\u2019asphalte.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Quand le compteur afficha \u00e0 nouveau la vitesse de croisi\u00e8re, R\u00e9my l\u2019invita \u00e0 sortir de la couchette. Ce qu\u2019Ari fit rapidement d\u00e9sireux de reprendre une position assise. Il s\u2019installa dans le fauteuil et jeta un coup d\u2019\u0153il au visage du routier en lorgnant l\u2019autoradio.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Tu connais le Portugal&nbsp;? demanda R\u00e9my.<\/li><li>&nbsp;Non, pas bien&nbsp;! J\u2019y suis all\u00e9 une fois, mais en vacances, dans un club, sans visiter. Je devais \u00eatre fatigu\u00e9, je crois.<\/li><li>Un reporter qui ne visite pas, mais dans quel genre de papelards \u00e9cris-tu&nbsp;?&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari n\u2019eut ni le courage ni l\u2019envie de lui raconter son parcours. \u00c9voquer Sciences-Po puis son bref passage \u00e0 Radio France pour bifurquer vers Libeuro et son consortium, \u00ab&nbsp;Valeurs de droite&nbsp;\u00bb, et toutes les analyses qu\u2019il avait faites pour eux&nbsp;? Tr\u00e8s peu pour lui&nbsp;! Quant \u00e0 sa carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain, avec l\u2019exemplaire de SAS qui se baladait dans la bo\u00eete \u00e0 gants, Ari voulut \u00e9viter tout d\u00e9bat&nbsp;! Un ange nomm\u00e9 G\u00e9rard passa.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une fois Paris d\u00e9pass\u00e9e que l\u2019affaire se corsa. Ari s\u2019inqui\u00e9ta l\u00e9g\u00e8rement en voyant le barrage tenu par une dizaine de gendarmes en treillis militaires.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Steven s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 quelques fois sur la route. Aux p\u00e9ages bien s\u00fbr, aux barrages aussi. Il \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 chaque fois en montrant les papiers officiels. Son voyage se passait bien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En revanche, la faim le mettait de mauvaise humeur. Toutes les commodit\u00e9s sur les aires d\u2019autoroute \u00e9taient ferm\u00e9es. Les distributeurs ext\u00e9rieurs de boissons chaudes, de soda et de friandises \u00e9taient vides. M\u00eame le dernier cappuccino-chocolat et la derni\u00e8re madeleine \u00e0 l\u2019orange \u00e9taient aval\u00e9s depuis bien longtemps. C\u2019\u00e9tait pour dire. Il \u00e9tait tout juste possible de prendre de l\u2019essence. Steven fit le plein bien apr\u00e8s Clermont-Ferrand, sur l\u2019A75 \u00e0 hauteur de Saint-Flour. L\u00e0 aussi, la p\u00e9nurie faisait rage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il restait encore \u00e0 la nuit quelques heures de vie, et il en allait de m\u00eame pour la cible de Steven.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Quand m\u00eame, une femme&nbsp;\u00bb, dit-il \u00e0 voix haute dans le v\u00e9hicule. Ce n\u2019\u00e9tait pas n\u2019importe quelle femme, il l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 vue \u00e0 l\u2019\u0153uvre&nbsp;! Un certain nombre de fois, ses \u00e9crits et ses prises de parole avaient perturb\u00e9 Juan qui \u00e9tait entr\u00e9 dans des col\u00e8res noires. \u00ab&nbsp;Cette salope de\u2026 a&nbsp;\u00bb, avait-il contr\u00e9 un jour, devant t\u00e9moins, au beau milieu d\u2019un walking diner o\u00f9 le nom de la jeune femme avait \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 avec quelque \u00e9loge.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il n\u2019avait jamais tu\u00e9 une femme&nbsp;! Enfin, pas qu\u2019il sache. Il lui \u00e9tait arriv\u00e9 de mitrailler quelques fa\u00e7ades en Am\u00e9rique latine quand il \u00e9tait encore pay\u00e9 par le DoD<a><sup>[1]<\/sup><\/a>, sous contrat pour la CIA. Dans ces op\u00e9rations conjointes de mise en difficult\u00e9 des narcotrafiquants, Steven avait eu parfois la main lourde, civils inclus.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Mais abattre une femme de sang-froid, les yeux dans les yeux, souffle contre souffle, \u00e9tait une premi\u00e8re pour lui. Juan l\u2019avait pr\u00e9venu d\u00e8s son arriv\u00e9e en Europe, un jour le ton allait se durcir et il allait devoir servir la cause avec un d\u00e9vouement total. Il \u00e9tait pr\u00eat, il en \u00e9tait certain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le puissant Scania conduit par R\u00e9my \u00e9tait le second dans la file. Derri\u00e8re, une longue litanie de bahuts attendait que les fouilles fussent termin\u00e9es. Les gendarmes \u00e9taient m\u00e9ticuleux. Leurs ordres devaient \u00eatre pr\u00e9cis et s\u00e9v\u00e8res \u00e0 en croire la mani\u00e8re dont ils se comportaient. Chaque camion \u00e9tait fouill\u00e9 de fond en comble, cabine comprise. Dans les deux sens de circulation, c\u2019\u00e9tait la m\u00eame m\u00e9thode&nbsp;: une \u00e9quipe de trois mandayes s\u2019ex\u00e9cutait sous les yeux de deux grad\u00e9s, le reste de la troupe circulait sur le barrage, le talkiewalkie \u00e0 la main et le Famas \u00e0 l\u2019\u00e9paule.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">R\u00e9my toussa, monta un peu le son de l\u2019autoradio. Encore du fado&nbsp;! Il se cacha la bouche de sa main apr\u00e8s avoir jet\u00e9 sa cigarette dans une canette de soda. Il ne servait \u00e0 rien de faire du z\u00e8le anti-\u00e9colo avec un escadron \u00e0 quelques m\u00e8tres de lui. Il se tourna un peu vers la couchette.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>T\u2019en fais pas, j\u2019ai un laissez-passer comme personne.<\/li><li>J\u2019aurais d\u00fb rester devant. Je ne me cache pas, je suis un journaliste fran\u00e7ais qui r\u00e9side en Belgique et qui rentre chez lui. C\u2019est tout&nbsp;! lan\u00e7a \u00e0 demi-voix Ari.<\/li><li>\u00c9coute, un mec qui me file sept billets de cent balles pour traverser le pays, bah moi je crois qu\u2019il a des trucs \u00e0 se reprocher.<\/li><li>Pfff. R\u00e9my, tu fantasmes, t\u2019es plus au Tchad&nbsp;! Fini la guerre.<\/li><li>C\u2019est jamais fini la guerre, mon petit vieux. Tiens, je te passe discr\u00e8tement ton t\u00e9l\u00e9phone, il doit \u00eatre charg\u00e9 maintenant, dit-il en tendant la main vers l\u2019arri\u00e8re comme pour chercher quelque chose.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari prit le t\u00e9l\u00e9phone charg\u00e9, mais \u00e9teint. Il h\u00e9sita un moment, et prit la d\u00e9cision de l\u2019allumer quand le camion s\u2019\u00e9branla. Il n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas encore temps pour cela. Surtout qu\u2019en trois jours, s\u2019il comptait bien, les annonces et messages allaient cr\u00e9piter.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">R\u00e9my lui annon\u00e7a, discr\u00e8tement, que leur tour venait. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re, cach\u00e9 sous la couchette, Ari tendit l\u2019oreille et ne perdit presque aucune miette d\u2019une sc\u00e8ne qui resterait anthologique.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Apr\u00e8s les formalit\u00e9s d\u2019usage&nbsp;: bonjour Gendarmerie nationale. Nom, pr\u00e9nom&nbsp;! Papiers&nbsp;! Destination&nbsp;? Type de marchandise&nbsp;? Rien \u00e0 d\u00e9clarer&nbsp;? S\u00fbr&nbsp;? Certain&nbsp;? On va v\u00e9rifier quand m\u00eame&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Un bref \u00e9change, plus \u00e9touff\u00e9, surprit Ari qui n\u2019y comprit rien. Seul un vif et fort \u00ab&nbsp;c\u2019est en ordre, allez-y et bon voyage&nbsp;\u00bb lui parvint, et le camion repartit. D\u2019abord lentement dans le rond-point, puis ensuite il prit de la vitesse.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Am\u00e8ne-toi&nbsp;! dit R\u00e9my.<\/li><li>Merci, mais comment tu as fait&nbsp;? C\u2019est quoi ton laissez-passer&nbsp;? lui demanda Ari rejoignant l\u2019avant de la cabine en se contorsionnant \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un artiste de cirque.<\/li><li>Tu ne pourrais pas comprendre&nbsp;! Zou, plus de question, dans un peu plus de deux cents kilom\u00e8tres, je te l\u00e2che comme pr\u00e9vu.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">R\u00e9my ne pipa presque plus un mot. Tout en souriant, il recouvrit la manche de son bras droit en tapotant sur l\u2019avant-bras comme s\u2019il caressait une pouliche. Ari ne percuta pas, et ne comprit pas ce qui venait de se produire. C\u2019\u00e9tait pourtant la solidarit\u00e9 qui avait op\u00e9r\u00e9. Lorsque le jeune gendarme s\u2019\u00e9tait approch\u00e9 de la cabine, R\u00e9my avait ouvert la porti\u00e8re en remontant sa manche.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Imm\u00e9diatement, le gendarme avait reconnu le symbole des parachutistes&nbsp;! Il le portait en m\u00e9tal sur son uniforme, sur le sein droit. En sus, le bras de R\u00e9my arborait la mention \u00ab&nbsp;Legio Patria Nostra&nbsp;\u00bb. Et comme il n\u2019existe pas plus patriote qu\u2019un l\u00e9gionnaire arriv\u00e9 en France pour servir la patrie, le gendarme fut pris d\u2019une compassion nationale. Personne ne r\u00e9siste \u00e0 ce que d\u00e9gage un l\u00e9gionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">R\u00e9my augmenta encore le son de l\u2019autoradio, Mariza chantait Loucora, un morceau phare qui lui rappelait tant son pays et les A\u00e7ores. Nostalgique, il se tut compl\u00e8tement cette fois. Ari s\u2019endormit sans m\u00eame penser que quelques minutes plus t\u00f4t il s\u2019\u00e9tait promis d\u2019allumer son portable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Steven longea le front de mer, puis remonta vers les terres, laissant la M\u00e9diterran\u00e9e derri\u00e8re lui. Voir la mer. Avant toute chose&nbsp;! Il avait d\u00e9cid\u00e9 de perdre un peu de temps pour voir la grande bleue. Apr\u00e8s quelques kilom\u00e8tres, il entra dans le petit quartier calme. Il croisa quelques camionnettes de livraison, un boulanger itin\u00e9rant et deux ou trois ambulances. Majoritairement, les rues \u00e9taient vides, il n\u2019aimait pas trop \u00e7a. Il pensait depuis toujours que la foule permettait de s\u2019y fondre alors que le d\u00e9sert rendait les choses beaucoup plus visibles, surtout les assassinats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Steven gara la berline dans une rue adjacente \u00e0 l\u2019impasse dans laquelle habitait sa cible. En bon tacticien, il positionna la voiture dans le sens du d\u00e9part et en sortit. Il ouvrit le coffre, enfila la tenue de m\u00e9decin, avec gants et masque. Pour une fois qu\u2019il pouvait avancer \u00e0 visage couvert, il n\u2019allait pas s\u2019en priver. Il saisit la mallette \u00e0 l\u2019allure m\u00e9dicale et marcha jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9sidence. Sans grande surprise, la voiture de la cible \u00e9tait gar\u00e9e sur son emplacement attitr\u00e9. Il passa la main sur le capot, ce dernier \u00e9tait de la m\u00eame temp\u00e9rature que les autres v\u00e9hicules voisins. Froid, lui aussi.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il v\u00e9rifia parmi les noms sur les sonnettes et les bo\u00eetes aux lettres. Tout se d\u00e9roulait comme pr\u00e9vu. Les donn\u00e9es et images contenues dans le dossier fourni par Juan \u00e9taient fra\u00eeches. Sans doute, devait-il avoir un agent sur place&nbsp;! Il avait aussi pens\u00e9 \u00e0 tout, deux pr\u00e9servatifs compl\u00e9taient l\u2019ordre de mise \u00e0 mort. Simuler un viol m\u00eame post-mortem \u00e9tait une option int\u00e9ressante pour entraver l\u2019enqu\u00eate. Tout le reste avait \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9 sur une aire de repos, plus t\u00f4t.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 l\u2019aide d\u2019une carte magn\u00e9tique universelle, Steven neutralisa la porte d\u2019entr\u00e9e et s\u2019engagea, par l\u2019escalier jusqu\u2019au troisi\u00e8me \u00e9tage. Sans bruit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Sur le palier, il plaqua l\u2019oreille contre la porte de gauche et posa un post-it macul\u00e9 sur l\u2019\u0153illeton. Il se tourna vers la porte de droite, \u00e9couta \u00e0 travers celle-ci. Un l\u00e9ger bruit, comme un murmure l\u2019inqui\u00e9ta un peu, mais il \u00e9tait l\u00e0 pour agir. Il entreprit d\u2019ouvrir la porte avec d\u00e9licatesse \u00e0 l\u2019aide de son mat\u00e9riel d\u2019ouverture fine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Bonjour. Radio France, c\u2019est l\u2019heure des informations matinales. En direct de B\u00e9ziers, nous retrouvons Sofia Lakoubi. Alors Sofia, la nuit dans les faubourgs de B\u00e9ziers a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t calme, non&nbsp;? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Bonjour, Bertrand, bonjour, chers auditeurs. Oui, en effet, les \u00e9meutes, qui \u00e9taient \u00e0 craindre apr\u00e8s les mesures de confinement drastiques impos\u00e9es par un gouvernement d\u00e9bord\u00e9, n\u2019ont pas eu lieu, ici. Apr\u00e8s que la Mairie ait demand\u00e9 aux populations des quartiers de se conformer \u00e0 l\u2019ordre r\u00e9publicain, les r\u00e9seaux sociaux ont relay\u00e9 quelques invitations pour une \u201clockdown party\u201d g\u00e9ante pr\u00e8s des Ar\u00e8nes&nbsp;! Mais c\u2019\u00e9tait sans compter les milieux associatifs et religieux qui ont appel\u00e9 au calme.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Appels qui semblent avoir \u00e9t\u00e9 entendus sur presque tous les territoires, sauf dans le Nord, c\u2019est \u00e7a&nbsp;?&nbsp;\u00bb questionna le pr\u00e9sentateur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;C\u2019est bien \u00e7a. \u00c0 B\u00e9ziers et dans toute la r\u00e9gion \u00e9tendue, d\u2019est en ouest de la zone m\u00e9diterran\u00e9enne, il n\u2019y a eu aucune \u00e9chauffour\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari se r\u00e9veilla dans le camion avec la douce voix de Sofia \u00e0 la radio. Il songea qu\u2019il l\u2019avait loup\u00e9e parce qu\u2019elle \u00e9tait en reportage, il fut rassur\u00e9. L\u2019interview continuait quand il vit que le bahut \u00e9tait arr\u00eat\u00e9 dans le parking d\u2019une entreprise et qu\u2019il \u00e9tait seul dans la cabine. Sur le quai de d\u00e9chargement, il vit R\u00e9my lui tendre un pouce, un gobelet de caf\u00e9 \u00e0 la main, il r\u00e9pondit d\u2019un signe de la main, tout en \u00e9coutant Sofia.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Merci, Sofia, d\u2019avoir r\u00e9pondu \u00e0 cette question dans le contexte difficile de la perte d\u2019un \u00eatre cher.&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari faillit s\u2019\u00e9touffer en allumant une cigarette&nbsp;! Il saisit son t\u00e9l\u00e9phone, mais R\u00e9my entra dans la cabine.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Tiens, c\u2019est pour toi, mon vieux. J\u2019ai d\u00e9got\u00e9 \u00e7a aupr\u00e8s d\u2019un manutentionnaire&nbsp;! dit-il en lui offrant la tasse de caf\u00e9 chaud.<\/li><li>Un ancien l\u00e9gionnaire, lui aussi&nbsp;? demanda Ari.<\/li><li>Comment le sais-tu&nbsp;?&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le moment des adieux \u00e9tait venu. Ari lui fit un large sourire, R\u00e9my lui fit un clin d\u2019\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>J\u2019ai un dernier service \u00e0 te demander&nbsp;!&nbsp;<\/li><li>Vas-y&nbsp;!&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Tu penses que ton pote manutentionnaire aurait un ordinateur derri\u00e8re lequel je pourrais m\u2019installer quelques instants&nbsp;?<\/li><li>Je vais voir ce que je peux faire.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Sofia raccrocha le t\u00e9l\u00e9phone apr\u00e8s le duplex. Elle quitta la pi\u00e8ce qui lui servait de bureau. Un SMS de Bertrand s\u2019afficha sur son \u00e9cran&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu sais o\u00f9 me trouver si tu as besoin de moi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Bertrand \u00e9tait un gars bien. Elle le voyait comme \u00e7a. \u00c0 sa mani\u00e8re il avait rendu un hommage \u00e0 celui qu\u2019elle venait de perdre. Bertrand \u00e9tait amoureux d\u2019elle depuis longtemps. D\u00e9j\u00e0 sur les bancs de Sciences-Po, quand elle se s\u00e9parait d\u2019Ari, il la courtisait de loin. Quand Ari revenait, il s\u2019effa\u00e7ait. La vie avait ensuite fait son \u0153uvre, et bien que mari\u00e9, avec deux enfants, il lui avait avou\u00e9 qu\u2019il ne pouvait s\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 elle. Sofia avait salu\u00e9 la franchise et avait reconnu la difficult\u00e9 qui devait \u00eatre la sienne. Depuis, comme tout \u00e9tait dit, ils avaient d\u00e9velopp\u00e9 une certaine complicit\u00e9 sans \u00e9quivoque. Si un jour il \u00e9tait libre, il demanderait \u00e0 l\u2019\u00e9pouser.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Rien qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e de penser \u00e0 cela, Sofia eut un sourire, ce qui n\u2019\u00e9tait pas une mince affaire depuis ces quatre maudits derniers jours. Elle retourna se coucher. En passant devant la porte d\u2019entr\u00e9e, elle entendit un l\u00e9ger bruit dans le couloir ou sur le palier. Elle regarda \u00e0 travers l\u2019\u0153illeton, tout \u00e9tait calme \u00e0 part un message scotch\u00e9 sur la porte d\u2019en face dont elle ne parvenait pas \u00e0 d\u00e9chiffrer le contenu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Dans le petit cagibi, une cigarette \u00e0 tabac brun br\u00fblait encore dans un cendrier sigl\u00e9 Pelforth. Ce petit bureau \u00e9tait un v\u00e9ritable catalogue, une ode \u00e0 la fonction de dockers ou de responsable de quai. Il y avait l\u00e0 des bordereaux de chargement, des papiers pli\u00e9s, des carbones, des notes prises sur des morceaux de carton, un faux calendrier Pirelli, une photo de Clara Morgane en petite tenue, quelques vieux stylos et un ou deux tracts de FO<a><sup>[2]<\/sup><\/a>. L\u2019odeur \u00e9tait \u00e2cre et une pellicule de crasse recouvrait les lamelles du store et le clavier sur lequel Ari tapait. Apr\u00e8s quelques minutes de recherche, pas plus de trois, il repoussa le bureau, plaqua son dos sur le dossier de la chaise \u00e0 roulettes et porta les mains sur le haut de la t\u00eate, tout en regardant, hagard, l\u2019\u00e9cran. Il se retourna vers le couloir, les yeux appelant \u00e0 l\u2019aide. R\u00e9my et son fr\u00e8re d\u2019armes discutaient toujours.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il imprima une dizaine de pages, en vitesse. Ne sachant quoi faire en attendant que les feuilles sortent, il alluma une cigarette sans filtre d\u00e9pos\u00e9e sur le bureau et alla rejoindre le duo de h\u00e9ros.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Vous avez ce qu\u2019il vous faut&nbsp;? demanda le pr\u00e9pos\u00e9 aux registres des entr\u00e9es et sorties.<\/li><li>Je crois que oui, r\u00e9pondit Ari dont la lividit\u00e9 commen\u00e7ait \u00e0 se voir. Merci.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Avant de prendre cong\u00e9, Ari s\u2019empara des feuilles sur la vieille imprimante jaunie. Il quitta le quai pour rejoindre le camion. R\u00e9my le suivait de pr\u00e8s. En attrapant son sac de voyage \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, dans la couchette, Ari inspecta du regard ce dr\u00f4le d\u2019endroit o\u00f9 il avait v\u00e9cu durant les derni\u00e8res heures. R\u00e9my s\u2019avan\u00e7a vers lui et lui tendit la main.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>C\u2019est ici que nos routes se s\u00e9parent&nbsp;! Le coton est charg\u00e9. Je file vers la Bretagne.&nbsp;&nbsp;<\/li><li>C\u2019est vraiment pas la route pour aller en Belgique, \u00e7a&nbsp;!<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">R\u00e9my lui tendit une carte de visite noire et or, de tr\u00e8s mauvais go\u00fbt, d\u00e9cor\u00e9e avec un aigle et des flammes.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>T\u2019as mon num\u00e9ro, maintenant. Si t\u2019as besoin de quelque chose, t\u2019h\u00e9sites pas&nbsp;! dit-il en tenant encore la carte.<\/li><li>Oh, tu sais, le mien, je ne le connais pas, mais d\u00e8s que je le rallume, je t\u2019envoie un message, comme \u00e7a tu l\u2019auras. Promis.<\/li><li>Toi et ton putain de t\u00e9l\u00e9phone, c\u2019est pas l\u2019amour fou, hein&nbsp;?<\/li><li>Pfff. Ce truc trace tout ce qu\u2019on fait. Alors\u2026&nbsp;<\/li><li>Je t\u2019avais dit que t\u2019\u00e9tais louche comme mec. Allez, j\u2019attends ton SMS. Fiche le camp.<\/li><li>Bonne route, R\u00e9my.<\/li><li>\u00c7a marche. Bonne route, mon vieux.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ainsi Ari quitta le parking \u00e0 pied, \u00e0 la recherche d\u2019un nouveau moyen de transport, si possible jusque Bruxelles. Quand il fut seul, dans le froid du milieu de matin\u00e9e, Ari s\u2019assit sur le muret d\u2019une entreprise de location de mat\u00e9riel de travaux publics. Elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019arr\u00eat, comme presque toutes les soci\u00e9t\u00e9s du zoning.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il remonta son col, s\u2019empara d\u2019une nouvelle cigarette, cette fois-ci une des siennes, et lut l\u2019article en d\u00e9tail. Le titre indiquait \u00ab&nbsp;Le Boulevard des Nimbes en deuil&nbsp;\u00bb&nbsp;; il reprenait le texte suivant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Bruxelles. L\u2019\u00e9pid\u00e9mie fait rage et emporte avec elle des gens de toutes conditions, des soignants, beaucoup de personnes \u00e2g\u00e9es, et quelques inconscients qui bravent les interdits du confinement. Mais tout n\u2019est pas \u00e0 mettre sur le dos du BTA12. Nous apprenons le d\u00e9c\u00e8s de l\u2019auteur du \u201cBoulevard des Nimbes\u201d. Romancier au succ\u00e8s unique, Aristote Livuzian est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans l\u2019explosion et l\u2019incendie de son appartement de la rue du Noyer, o\u00f9 deux \u00e9tages, dont le sien, ont \u00e9t\u00e9 souffl\u00e9s. La piste criminelle est envisag\u00e9e puisque le Parquet vient de faire para\u00eetre un avis de recherche \u00e0 l\u2019encontre de Claude Kupfer, accessoirement agent de Livuzian, mais surtout connu pour avoir conduit, sous influence d\u2019alcool et de stup\u00e9fiants, la voiture qui a co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 G\u00e9raldine Dulac, \u00e9toile montante du cin\u00e9ma fran\u00e7ais (\u2026) Dans l\u2019appartement de Kupfer, le corps d\u2019une call-girl a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert. La victime aurait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e \u00e0 l\u2019aide d\u2019un objet contondant. Le Parquet se refuse, pour le moment, \u00e0 rapprocher officiellement les deux affaires.&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari replia la feuille en quatre et d\u00e9plia la seconde. Sur le site de la Police f\u00e9d\u00e9rale, \u00e9tait publi\u00e9 un avis de recherche avec une photo de Claude. Pas la plus belle, d\u2019ailleurs. Un num\u00e9ro gratuit en lettres rouges barrait tout le document. Ari prit son t\u00e9l\u00e9phone en main et h\u00e9sita. Finalement, il enleva la carte SIM du t\u00e9l\u00e9phone et le cassa en morceaux contre la bordure du trottoir. Il enfourna ensuite les r\u00e9sidus dans un \u00e9gout non loin de l\u00e0. Toute sa vie partait dans une direction \u00e9trange&nbsp;! Le d\u00e9c\u00e8s de son personnage, Guillaume Sargues, \u00e9tait ce qui acheva de le convaincre que plus rien ne serait jamais comme avant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Dans le bureau, \u00e0 l\u2019\u00e9tage de la petite maison dans le parc, Juan, confortablement install\u00e9, contempla les premiers commentaires sur les r\u00e9seaux sociaux. Un vent soufflait sur les braises. Le d\u00e9c\u00e8s de Guillaume Sargues gorgeait d\u00e9j\u00e0 les complotistes de la premi\u00e8re heure. Certains \u00e9voquaient un virus pr\u00e9alablement con\u00e7u pour d\u00e9truire l\u2019Occident. D\u2019autres avaient pos\u00e9 la question d\u2019une portabilit\u00e9 \u00ab&nbsp;neutre&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;saine&nbsp;\u00bb par les migrants ayant d\u2019autres g\u00e8nes que l\u2019Europ\u00e9en type. La fermeture des fronti\u00e8res \u00e9tait salu\u00e9e par de nombreux relais d\u2019informations. Tout cela allait dans la bonne direction. En tout cas dans la direction choisie par Juan et les ma\u00eetres qu\u2019il servait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">C\u2019\u00e9tait de bon augure. La phase d\u2019ascension de son virus informationnel, nomm\u00e9 LAND, \u00e9tait amorc\u00e9e. Encore quelques profils balanc\u00e9s dans les m\u00e9dias, et la mayonnaise prendrait. La redoutable Paula Lebrun avait raison. \u00ab&nbsp;Il faut emblaver avec parcimonie sous peine de voir la train\u00e9e se r\u00e9pandre vite, mais sans aucun avenir durable&nbsp;\u00bb, \u00e9tait-il not\u00e9 dans le travail d\u2019analyse qu\u2019elle avait remis au BNU<a><sup>[3]<\/sup><\/a>. \u00ab&nbsp;La fausse information doit \u00eatre d\u00e9lay\u00e9e comme l\u2019huile dans la moutarde si l\u2019on veut obtenir une mayonnaise de qualit\u00e9&nbsp;\u00bb, lut-il encore. Cette phrase, il l\u2019avait surlign\u00e9e plusieurs fois. Cette peste avait du talent et des comp\u00e9tences.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il se connecta alors \u00e0 l\u2019unit\u00e9 centrale h\u00e9berg\u00e9e en Italie. Il composa son mot de passe complexe et visualisa le tableau de bord de l\u2019outil. Juan s\u00e9lectionna avec nervosit\u00e9 quelques crit\u00e8res de recherche. Le logiciel lui proposa plusieurs avatars. Il y en avait quinze. Il r\u00e9duisit la recherche en cliquant sur le bouton \u00ab&nbsp;profils inv\u00e9rifiables&nbsp;\u00bb, il en restait deux. Dont Jacques Durand, ancien militaire, en retraite sur l\u2019\u00eele de Lesbos.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Juan \u00e9dita son profil, glissa le dossier vers la fen\u00eatre \u00ab&nbsp;op\u00e9rations en cours&nbsp;\u00bb et pr\u00e9para la n\u00e9crologie. Dans la case d\u00e9tails en rapport avec l\u2019op\u00e9ration, il nota&nbsp;: \u00ab&nbsp;a h\u00e9berg\u00e9 deux jeunes migrantes.&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;Le pass\u00e9 de condamn\u00e9 pour m\u0153urs \u00e9tait un v\u00e9ritable atout, le fait qu\u2019il soit le neveu d\u2019un \u00e9lu socialiste mort depuis longtemps, aussi. Il relut une derni\u00e8re fois toute la fiche ainsi que les options et les meilleurs sc\u00e9narios propos\u00e9s par le logiciel. Il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 envoyer une deuxi\u00e8me salve. Il cliqua.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il \u00e9tait peut-\u00eatre rest\u00e9 deux ou trois heures, adoss\u00e9 au muret. Peut-\u00eatre plus&nbsp;! Les yeux dans le vide, il \u00e9tait pris d\u2019une t\u00e9tanie aigu\u00eb, difficilement surmontable. Le froid \u00e9tait de la partie, ce qui, bien s\u00fbr, n\u2019arrangeait rien. Les autres feuilles imprim\u00e9es qu\u2019il avait feuillet\u00e9es ne d\u00e9mentaient pas ce qu\u2019il avait vu ailleurs. Pour tout le monde, Aristote Livuzian \u00e9tait mort, et sans doute de la main de son agent. \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce qu\u2019ils peuvent savoir de tout \u00e7a&nbsp;?&nbsp;\u00bb ahanait-il entre deux expirations qui se transformaient en volutes au contact de l\u2019air.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Dans la zone industrielle, depuis midi, plus aucun signe de vie. Il y avait bien eu deux ou trois bruits lointains de camion, de moteurs. Treize heures arrivaient et il n\u2019avait toujours pas de solution pour rejoindre la fronti\u00e8re, encore moins Bruxelles. Que pouvait-il faire&nbsp;? Rentrer chez lui&nbsp;? Tout avait br\u00fbl\u00e9&nbsp;! Aller chez les flics&nbsp;? Pour dire quoi&nbsp;? Innocenter Claude, disparu&nbsp;? Et le faux profil, et Caritas Catholica&nbsp;? Et Sofia&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Et Sofia, merde&nbsp;? Il percuta \u00e0 l\u2019instant. Il fit le rapprochement entre l\u2019allusion faite par Bertrand sur l\u2019\u00eatre cher qu\u2019elle avait perdu. Tout en se m\u00e9langeant dans sa t\u00eate, les \u00e9v\u00e9nements formaient un tableau encore flou. Son intuition tournait \u00e0 plein r\u00e9gime. Il transpirait, ne savait ni par quoi ni par o\u00f9 commencer. Que fallait-il faire&nbsp;?&nbsp;&nbsp;&nbsp;Maintenant qu\u2019il avait d\u00e9truit son t\u00e9l\u00e9phone, il n\u2019\u00e9tait plus possible de pr\u00e9venir, de rassurer, Sofia.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">On avait essay\u00e9 de le tuer, et ce n\u2019\u00e9tait pas Claude, il en \u00e9tait certain. Il marcha, faisant quelques allers-retours devant la grille de l\u2019entreprise d\u00e9serte. Il s\u2019arr\u00eata ensuite, violemment, d\u00e9sol\u00e9 et affect\u00e9. Son invit\u00e9 Airbnb \u00e9tait devenu son corps, mort, calcin\u00e9. Le pauvre. Cela signifiait aussi que les tueurs, s\u2019il s\u2019av\u00e9rait que cette piste f\u00fbt exacte, croyaient eux aussi qu\u2019il \u00e9tait mort. Et cette fille, chez Claude, morte&nbsp;? Tout cela avait un sens, mais il ne savait pas encore lequel.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Je dois me calmer, marcher calmement, ne pas me braquer, ne pas paniquer, r\u00e9fl\u00e9chir\u2026 r\u00e9fl\u00e9chir en marchant&nbsp;\u00bb. Ari attrapa son sac de voyage et le fit voler jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9paule gauche, il alluma une cigarette et prit le chemin de la sortie de la zone industrielle en relevant le col de sa veste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Faire le point en marchant&nbsp;! Il utilisait cette technique depuis Sciences-Po. La veille de pr\u00e9paration de d\u00e9bats ou de travaux dirig\u00e9s o\u00f9 son \u00e9loquence \u00e9tait sollicit\u00e9e, il avait pris l\u2019habitude de sortir, m\u00eame en pleine nuit, et de marcher, marcher et encore marcher, vers n\u2019importe quoi, n\u2019importe qui.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Une heure plus tard, sur une route nationale d\u00e9serte, alors qu\u2019un village \u00e9tait en vue \u00e0 quelques kilom\u00e8tres, Ari avait au moins gagn\u00e9 une certitude&nbsp;: Sofia \u00e9tait en danger, elle aussi. Les tueurs croyaient l\u2019avoir eu, eux. Peut-\u00eatre \u00e9taient-ils \u00e0 la recherche de Claude&nbsp;! Quant \u00e0 Sofia, elle \u00e9tait une t\u00e9moin g\u00eanante, proche de lui. Sur une autre question, il h\u00e9sita. Juan \u00e9tait-il m\u00eal\u00e9 \u00e0 tout cela&nbsp;?&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">La cavale qu\u2019il s\u2019\u00e9tait organis\u00e9e quelques jours plus t\u00f4t se transformait en une v\u00e9ritable fuite vers la v\u00e9rit\u00e9. Pris entre deux feux, entre Bruxelles et B\u00e9ziers, il lui fallait choisir. Tout \u00e7a dans une Europe qui se confinait de plus en plus, dans un climat o\u00f9 la d\u00e9lation, la bravade et la d\u00e9sob\u00e9issance allaient devenir monnaie courante, voire une nouvelle discipline sportive.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il esp\u00e9ra que pour Sofia, il n\u2019\u00e9tait pas trop tard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-background has-text-align-center has-very-dark-gray-color has-luminous-vivid-amber-background-color\"><strong>\u2013 FIN DE L\u2019EPISODE 3 \u2013<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>Vous retrouverez le prochain \u00e9pisode (4) le 15 avril sur notre site.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;United States Department of Defense, le d\u00e9partement am\u00e9ricain de la d\u00e9fense, l\u2019\u00e9quivalent du Minist\u00e8re de la D\u00e9fense (France).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;Force Ouvri\u00e8re, syndicat fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;Voir \u00e9pisode deux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux possibilit\u00e9s s\u2019offrent \u00e0 vous pour lire cet \u00e9pisode : ==&gt; Soit dans le flibook juste ci-desssous==&gt; Soit directement sur cette page (voir plus bas). La Galerie &#8211; Episode 3 &#8211;LES R\u00c9FLEXES END\u00c9MIQUES&nbsp; Sixi\u00e8me jour du pic \u00e9pid\u00e9mique Ari s\u2019obligea \u00e0 relire plusieurs fois l\u2019article. Assis dans son v\u00e9hicule, il \u00e9pela chaque syllabe de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":109,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-234","page","type-page","status-publish","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v14.6.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Episode trois - Roman-feuilleton<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow\" \/>\n<meta name=\"googlebot\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<meta name=\"bingbot\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/bsdrs.org\/index.php\/episodes\/episode-trois\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Episode trois - Roman-feuilleton\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Deux possibilit\u00e9s s\u2019offrent \u00e0 vous pour lire cet \u00e9pisode : ==&gt; Soit dans le flibook juste ci-desssous==&gt; Soit directement sur cette page (voir plus bas). La Galerie &#8211; Episode 3 &#8211;LES R\u00c9FLEXES END\u00c9MIQUES&nbsp; Sixi\u00e8me jour du pic \u00e9pid\u00e9mique Ari s\u2019obligea \u00e0 relire plusieurs fois l\u2019article. 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