    {"id":271,"date":"2020-04-15T16:33:58","date_gmt":"2020-04-15T14:33:58","guid":{"rendered":"https:\/\/bsdrs.org\/?page_id=271"},"modified":"2020-04-16T23:50:38","modified_gmt":"2020-04-16T21:50:38","slug":"episode-4","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/bsdrs.org\/index.php\/episodes\/episode-4\/","title":{"rendered":"Episode quatre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-color has-background has-very-dark-gray-color has-luminous-vivid-amber-background-color\"><strong>Deux possibilit\u00e9s s\u2019offrent \u00e0 vous pour lire cet \u00e9pisode :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>==&gt; Soit dans le flibook juste ci-desssous<br>==&gt; Soit directement sur cette page (voir plus bas).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-luminous-vivid-amber-color\"><div class=\"_df_book df-lite\" id=\"df_272\"  title=\"la-galerie-episode-iv\" _slug=\"la-galerie-episode-iv\" wpoptions=\"true\" thumb=\"https:\/\/bsdrs.org\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/VirusGalerie.png\" thumbtype=\"bg\" ><p class=\"df-raw-loading\">Please wait while flipbook is loading. For more related info, FAQs and issues please refer to <a href=\"https:\/\/dearflip.com\/about\/dflip-3d-flipbook-wordpress-usage-faqs\/\">dFlip 3D Flipbook Wordpress Help<\/a> documentation.<\/p><\/div><script data-cfasync=\"false\">var option_df_272 = {\"outline\":[],\"forceFit\":\"true\",\"autoEnableOutline\":\"false\",\"autoEnableThumbnail\":\"false\",\"overwritePDFOutline\":\"false\",\"direction\":\"1\",\"pageMode\":\"0\",\"source\":\"https:\\\/\\\/bsdrs.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2020\\\/04\\\/Galerie-AHOS-Episode-4.pdf\",\"wpOptions\":\"true\"}; if(window.DFLIP && DFLIP.parseBooks){DFLIP.parseBooks();}<\/script>[\/dflip<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-background has-text-align-center has-very-dark-gray-color has-luminous-vivid-amber-background-color\"><strong>La Galerie &#8211; Episode 4<\/strong> &#8211;<strong> CONFINEMENT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il \u00e9tait pass\u00e9 treize heures de dix minutes, et Sofia ressentit comme une envie de voir du monde. Peu importe le type de personnes ou m\u00eame le nombre, il fallait qu\u2019elle croise quelqu\u2019un. Ari \u00e9tait mort. Elle ne supportait pas cette id\u00e9e. Le go\u00fbt de rien \u00e9tait venu s\u2019installer en elle, brutalement. Si elle avait conscience qu\u2019il lui fallait laisser les choses se faire, si elle connaissait d\u00e9j\u00e0 le processus de deuil, elle savait aussi que le temps et la pr\u00e9sence humaine \u00e9taient deux donn\u00e9es essentielles de l\u2019\u00e9quation. Elle en avait fait l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 la mort de sa m\u00e8re, quinze ans plus t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En revanche, il lui \u00e9tait impossible de s\u2019appr\u00eater. Pourtant tr\u00e8s coquette, Sofia enfila un simple jean et un pull \u00e0 col en V par-dessus ses seins nus. Ils \u00e9taient lourds et flottaient sous la laine, lui donnant l\u2019air d\u2019\u00eatre encore plus vivante. Elle passa un perfecto serr\u00e9 pour les fixer, au moins un peu. Dehors, il faisait froid. En tout cas, c\u2019est ce qu\u2019elle avait \u00e9prouv\u00e9 en passant le visage \u00e0 la baie vitr\u00e9e. Le jardin de la r\u00e9sidence \u00e9tait vide, les alentours aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">La t\u00e9l\u00e9vision passait en boucle les informations sur le BTA12. On \u00e9voquait le confinement et le durcissement des mesures. Elle regretta d\u2019entendre encore une fois cette sempiternelle cantil\u00e8ne qui consistait \u00e0 promouvoir la recherche d\u2019un moyen d\u2019abaisser la courbe d\u2019hospitalisation. Sofia, comme de nombreux Europ\u00e9ens, ne comprenait pas ce qui pouvait \u00eatre plus important que de stopper l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. C\u2019\u00e9tait \u00e0 croire que tout n\u2019\u00e9tait pas dit. Elle songea un instant que les calculs politiques faisaient fi de la variante \u00ab&nbsp;nombre de d\u00e9c\u00e8s simultan\u00e9s&nbsp;\u00bb. Elle coupa le son du t\u00e9l\u00e9viseur, traversa le couloir de l\u2019appartement aux murs tapiss\u00e9s de tableaux marocains et de tissages berb\u00e8res, et ouvrit les verrous. Un peu d\u00e9sabus\u00e9e et absente, elle referma la porte derri\u00e8re elle, et enclencha la minuterie. La lumi\u00e8re jaune inonda le palier sans fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">D\u2019abord, elle remarqua le Post-it coll\u00e9 sur la porte de l\u2019appartement du voisin. Elle s\u2019en approcha. Il y \u00e9tait indiqu\u00e9 \u00ab\u00a0D\u00e9gage\u00a0! Pas de virus ici\u00a0!\u00a0\u00bb Elle sut imm\u00e9diatement que cela \u00e9tait en relation avec son m\u00e9tier. Il \u00e9tait infirmier. Elle sonna, personne ne r\u00e9pondit. Elle d\u00e9cida de changer la donne, de mettre un autre message, un mot de paix, de compassion et de gratitude. Ce fut lorsqu\u2019elle se retourna, pour aller chercher un stylo et du papier dans son appartement, qu\u2019elle entendit la voix sourde, caverneuse et au souffle court.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Sofia. Sofia.&nbsp;&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Elle se pencha et lan\u00e7a un coup d\u2019\u0153il dans la cage d\u2019escalier qui montait jusqu\u2019au cinqui\u00e8me \u00e9tage. Dans l\u2019ombre, une masse corporelle avachie sur les marches peinait \u00e0 parler. Elle eut de la peine \u00e0 le reconna\u00eetre, et par r\u00e9flexe saisit le spray incapacitant dans sa poche. Le visiteur toussa pour s\u2019\u00e9claircir la gorge et avala plusieurs fois sa salive.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Sofia. Sofia. C\u2019est moi, Claude. Claude Kupfer.<\/li><li>Claude&nbsp;? Mais qu\u2019est-ce que tu fous l\u00e0&nbsp;? Bouge pas, sinon j\u2019appelle les flics.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Claude \u00e9tait \u00e9tendu, \u00e0 moiti\u00e9 dans les vapes, et se maintenait sur les marches \u00e0 l\u2019aide des coudes. La minuterie \u00e9mit un cliquetis. Le couloir fut plong\u00e9 dans le noir. Sofia en profita pour saisir son smartphone dans la poche arri\u00e8re de son jeans, mais h\u00e9sita.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Attends. Attends. Je sais pour Ari&nbsp;! C\u2019est pas moi&nbsp;! Je suis bless\u00e9. Tu penses vraiment que je me serais cass\u00e9 le cul \u00e0 venir jusqu\u2019ici si j\u2019avais but\u00e9 Ari&nbsp;?&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Claude \u00e9tait f\u00e9brile, mais ses propos \u00e9taient coh\u00e9rents. Sofia laissa son t\u00e9l\u00e9phone choir dans la poche.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>\u00c9coute, j\u2019ai personne chez qui aller. J\u2019ai lu les journaux ce matin. On me recherche Aide-moi, s\u2019il te pla\u00eet. Apr\u00e8s je me casse, promis&nbsp;!<\/li><li>Et la fille dans ton appartement&nbsp;? La pute&nbsp;?&nbsp;<\/li><li>Gaelle&nbsp;? C\u2019\u00e9tait pas une pute. Ce sont des mensonges. Je te jure, j\u2019ai rien fait. Pour elle non plus, c\u2019est pas moi. Pas moi.<\/li><li>Tu es venu comment&nbsp;?&nbsp;<\/li><li>En b\u00e9cane. Ils m\u2019ont tir\u00e9 dessus, dans l\u2019dos. Sans doute les m\u00eames pourritures qui ont tu\u00e9 Ari. Je t\u2019en prie. J\u2019ai fait mille bornes comme \u00e7a. Laisse-moi me poser.<\/li><li>Ta blessure&nbsp;? Je vais t\u2019emmener \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.&nbsp;<\/li><li>Oh que non&nbsp;! Je pr\u00e9f\u00e8re remonter sur ma moto et risquer de me foutre en l\u2019air contre une rambarde de s\u00e9curit\u00e9. La balle a travers\u00e9 le gras du flanc, \u00e7a a commenc\u00e9 \u00e0 coaguler. Faut juste nettoyer la plaie. Juste\u2026&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Sofia baissa la garde. Elle alluma et vit une trace de sang sur sa porte.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>C\u2019est moi&nbsp;! J\u2019ai voulu toquer chez toi, mais quelqu\u2019un est mont\u00e9. Je m\u2019suis planqu\u00e9. Et puis je suis tomb\u00e9 dans les vapes.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">C\u2019\u00e9tait donc bien lui qui avait fait du bruit, pensa-t-elle. Elle n\u2019avait pas r\u00eav\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 moins de cinq kilom\u00e8tres de l\u00e0, Steven tournait comme un lion en cage depuis le matin. Il avait retourn\u00e9 enti\u00e8rement l\u2019appartement tellement il \u00e9tait en rage. \u00c0 vrai dire, il avait \u00e9parpill\u00e9 et fouill\u00e9 le peu d\u2019objets qui y \u00e9taient pr\u00e9sents. Quelques meubles, juste l\u2019essentiel. Un lit, deux ou trois armoires, une cuisine vide, un frigo ne contenant qu\u2019une bouteille de lait, un canap\u00e9, une table et deux chaises. De rares fringues usag\u00e9es et embaum\u00e9es de naphtaline se battaient dans la garde-robe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Par contre, il y avait l\u00e0 un tas de cartons, des centaines d\u2019archives et des dizaines et des dizaines de livres et de magazines.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Une prise intelligente \u00e9tait programm\u00e9e pour allumer la radio \u00e0 horaires r\u00e9guliers. C\u2019\u00e9tait donc \u00e7a, les murmures qu\u2019il avait entendus \u00e0 travers la porte avant de la forcer discr\u00e8tement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ce lieu n\u2019\u00e9tait qu\u2019un leurre ou simplement une base de repli. Si tel \u00e9tait le cas, elle n\u2019\u00e9tait pas utilis\u00e9e comme le pensait Juan. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que Steven le voyait se tromper. \u00ab&nbsp;\u00c0 moins qu\u2019elle n\u2019arrive dans les deux heures qui viennent, voire trois, sinon je me casse&nbsp;\u00bb, avait-il envoy\u00e9 par messagerie crypt\u00e9e \u00e0 Juan. Un simple \u00ab&nbsp;d\u2019accord&nbsp;\u00bb \u00e9tait arriv\u00e9 en retour, presque simultan\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En attendant, il n\u2019avait rien de mieux \u00e0 faire que de farfouiller le F3. Tout ce qui \u00e9tait l\u00e0, les documents comme les magazines ou les ouvrages, \u00e9tait dans la m\u00eame veine id\u00e9ologique que la sienne. Paula n\u2019\u00e9tait pas n\u2019importe qui au sein de cette mouvance. Major de sa promotion \u00e0 l\u2019ENA (\u00c9cole Nationale d\u2019Administration), cette derni\u00e8re avait poursuivi un doctorat en droit de l\u2019Union europ\u00e9enne dans la tr\u00e8s r\u00e9put\u00e9e Johannes Kepler Universtiy \u00e0 Linz, \u00e0 quelques cinquante kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re Tch\u00e8que.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Selon les bruits qui couraient, c\u2019\u00e9tait dans ce fief avanc\u00e9 de l\u2019extr\u00eame droite, dans l\u2019Autriche recul\u00e9e, qu\u2019elle avait fait ses premi\u00e8res armes id\u00e9ologiques, les vraies. D\u2019aucuns disaient qu\u2019une histoire d\u2019amour l\u2019avait conduite \u00e0 sauter le pas des d\u00eeners secrets, des c\u00e9r\u00e9monies ayant un go\u00fbt d\u2019antan, anim\u00e9es aux flambeaux. D\u2019autres affirmaient que son s\u00e9jour autrichien n\u2019avait fait qu\u2019\u00e9clore une pousse, souterraine, d\u00e9j\u00e0 vivace.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Du haut de ses quarante ans, Paula avait tenu, jusqu\u2019\u00e0 peu, le haut du pav\u00e9. Elle \u00e9tait la chantre de la pens\u00e9e localiste et extr\u00e9miste de droite. Le consortium europ\u00e9en pour lequel elle \u0153uvrait officiellement lui offrait toutes les opportunit\u00e9s de faire passer et de banaliser les messages que le BNU, son v\u00e9ritable employeur, d\u00e9sirait faire adopter aux masses.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ainsi, Paula \u00e9laborait les strat\u00e9gies communes aux diff\u00e9rents partis d\u2019extr\u00eame droite de la coalition europ\u00e9enne. Un r\u00eave d\u2019autrefois se mat\u00e9rialisait&nbsp;: l\u2019av\u00e8nement d\u2019une pens\u00e9e unique au sein de plusieurs pays europ\u00e9ens, culturellement proches&nbsp;: Belgique, France, Royaume-Uni, Italie, Allemagne et dans de plus petites proportions, l\u2019Espagne.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Elle supervisait aussi les op\u00e9rations de mises en place dans les diff\u00e9rents c\u00e9nacles europ\u00e9ens&nbsp;: au Parlement, \u00e0 la Commission, au Conseil et dans les tr\u00e8s officieux \u00ab&nbsp;standings meetings&nbsp;\u00bb du \u00ab&nbsp;Mickey-bar&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;&nbsp;Bien que toujours dans l\u2019ombre, Paula \u00e9tait cette chef d\u2019orchestre l\u00e0. En tout cas, cela avait \u00e9t\u00e9 le cas jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;2019.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Au d\u00e9but du mois de d\u00e9cembre, assez subitement, les choses avaient chang\u00e9. Plusieurs fois, elle s\u2019\u00e9tait rebell\u00e9e contre les positions prises par diff\u00e9rents partis. Pourtant, elle n\u2019avait jamais rechign\u00e9 \u00e0 affuter les armes des autres, ceux qui tenaient le devant de la sc\u00e8ne. \u00c0 coups d\u2019arguments, de rh\u00e9torique, de syllogismes, de figures de style et d\u2019analyses scientifiques, elle avait tout fait pour que les id\u00e9es qu\u2019elle portait deviennent r\u00e9alit\u00e9 politique. Quelques mois plus t\u00f4t encore, il y avait eu cette \u00e9trange demande de Juan Svenson&nbsp;! Elle avait, \u00e0 de nombreuses occasions, travaill\u00e9 pour Analytika. Cette fois, le job lui avait sembl\u00e9 d\u00e9passer l\u2019entendement. Cr\u00e9er un mod\u00e8le chaotique, pour simuler une hypoth\u00e9tique crise sanitaire \u00e0 venir, \u00e9tait dangereux. Et cependant, elle \u00e9tait convaincue que cette crise arriverait. Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une question de temps.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En d\u00e9but d\u2019\u00e9pid\u00e9mie, alors que le virus laminait les victimes asiatiques, Paula avait anticip\u00e9 la mise en action du plan LAND, l\u2019op\u00e9ration LAND comme l\u2019appelait Juan. Elle avait tout fait pour pr\u00e9venir les membres les moins z\u00e9l\u00e9s du consortium BNU, la branche molle, les intellectuels. Mais par un coup de baguette magique, dont Juan avait le secret, Paula avait \u00e9t\u00e9 mise au ban. Au premier jour du pic \u00e9pid\u00e9mique, elle avait pris un des derniers trains vers le sud de la France pour se retrancher dans son pied-\u00e0-terre biterrois. Un loup\u00e9 pour Juan&nbsp;! Le feu vert tant attendu pour r\u00e9gler d\u00e9finitivement le cas Paula Lebrun s\u2019\u00e9tait fait attendre. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a que Steven se retrouvait \u00e0 B\u00e9ziers, l\u00e0 o\u00f9 Paula \u00e9tait suppos\u00e9e passer la p\u00e9riode de confinement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Devant quelques photos \u00e9parpill\u00e9es devant lui, \u00e0 m\u00eame le sol, Steven bandait. Paula l\u2019avait toujours excit\u00e9&nbsp;! Mais le fait de la voir en photo, jeune, en bikini, le rendait hyst\u00e9rique. Il n\u2019avait qu\u2019une envie, qu\u2019elle rentre et qu\u2019il puisse la violer, encore et encore. \u00ab&nbsp;Tu auras ce que tu m\u00e9rites, salope&nbsp;\u00bb, dit-il en sortant son sexe de son jeans.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Claude dormait encore. Son visage \u00e9tait tir\u00e9. Sofia avait nettoy\u00e9 la plaie comme elle avait pu et ne s\u2019\u00e9tait pas trop mal d\u00e9brouill\u00e9e. La blessure \u00e9tait relativement propre et nette. Quelques Steri-Strips et une bonne dose de B\u00e9tadine permettraient \u00e0 Claude de se balader sans prendre le risque d\u2019ouvrir la plaie \u00e0 chaque mouvement. Sofia manquait cependant de stock.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>O\u00f9 vas-tu&nbsp;? lui demanda-t-il en se r\u00e9veillant.<\/li><li>Je vais chercher de quoi tenir quelques jours, des compresses, de l\u2019aspirine, des pansements. Bref, de quoi changer tes pansements.&nbsp;&nbsp;Apr\u00e8s, tu pourras partir.&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Merci.&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Tu n\u2019as pas \u00e0 me remercier. Quand tu auras repris des forces, il va falloir tout m\u2019expliquer.<\/li><li>Promis.<\/li><li>Je vais passer \u00e0 la sup\u00e9rette aussi&nbsp;! Fais-moi ta liste. Ah oui\u2026 coupe ton t\u00e9l\u00e9phone portable, ce sont de vrais mouchards ces trucs-l\u00e0.<\/li><li>C\u2019est fait depuis que j\u2019ai quitt\u00e9 Bruxelles. Je l\u2019ai balanc\u00e9 dans le canal. T\u2019es aussi parano qu\u2019Ari.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Qu\u2019Ari l\u2019\u00e9tait, tu veux dire. Va falloir s\u2019habituer, dit-elle avec froideur.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019elle le regardait droit dans les yeux depuis qu\u2019il avait d\u00e9barqu\u00e9. Il lui prit la main et la remercia \u00e0 nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En ce septi\u00e8me soir du pic \u00e9pid\u00e9mique, il faisait frais. Sofia n\u2019avait pas pens\u00e9 \u00e0 se changer, et le petit pull de laine sur ses seins nus n\u2019\u00e9tait pas une protection assez efficace contre le froid. Le cuir du perfecto n\u2019arrangea rien. Dehors, l\u2019air piquait, il venait de la mer. Heureusement, son shopping ne s\u2019\u00e9tendait pas au-del\u00e0 du kilom\u00e8tre, retour compris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Les rues \u00e9taient presque d\u00e9sertes. Quelques voitures passaient \u00e0 vive allure, quelques badauds bravaient l\u2019air frisquet. Le soleil disparaissait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">La pharmacienne lui ouvrit la porte apr\u00e8s l\u2019avoir inspect\u00e9e de pied en cape. Dans ce quartier r\u00e9sidentiel de B\u00e9ziers, il n\u2019\u00e9tait pas question de travailler portes ouvertes dans cette p\u00e9riode de confinement. Ici, pas de m\u00e9langes sociaux. L\u2019apothicaire reconnut Sofia. Et en tant que cliente habitu\u00e9e, elle b\u00e9n\u00e9ficia de tout ce que contenait l\u2019officine sans aucune restriction ni question. La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 avait parfois du bon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Pendant ce temps, Ari s\u2019affairait \u00e0 d\u00e9marrer le feu dans la chemin\u00e9e humide. Sans papier, pour ne pas faire trop de fum\u00e9e. Avec un embrasement par le haut, pour la m\u00eame raison. Il prit soin de limiter le tirage en verrouillant la trappe de l\u2019\u00e2tre. Il laissa les volets ferm\u00e9s, sauf celui de la baie vitr\u00e9e donnant sur le jardin qui elle-m\u00eame donnait sur une immense for\u00eat brune et \u00e9paisse qui s\u2019\u00e9tendait \u00e0 perte de vue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le pavillon de chasse \u00e9tait \u00e0 l\u2019image du petit village en bordure duquel il se trouvait&nbsp;: rustique, vieillot et froid. Il y avait l\u00e0 un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la fois inhospitalier et rassurant. Un paradoxe \u00e9trange. Une aporie contemporaine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le pavillon \u00e9tait compos\u00e9 d\u2019une cuisine, d\u2019un salon, et d\u2019une grande salle \u00e0 manger au milieu de laquelle tr\u00f4nait une immense table en bois cir\u00e9 entour\u00e9e d\u2019une douzaine de chaises faites de weng\u00e9 et de paille. C\u2019\u00e9tait tout pour cette pi\u00e8ce. Il y avait une buanderie au sol r\u00e2peux. Et aussi une sorte de bureau, aux murs duquel des r\u00e2teliers vides attendaient de cyn\u00e9g\u00e9tiques fusils. Trois chambres aust\u00e8res meubl\u00e9es d\u2019au moins trois lits de camp chacune se trouvaient \u00e0 l\u2019\u00e9tage, mitoyennes d\u2019une salle de bain \u00e9quip\u00e9e d\u2019une tr\u00e8s grande baignoire, de gogues et d\u2019un bidet. La fa\u00efence sur les murs de cette salle d\u2019eau relatait des sc\u00e8nes de chasse. Les linges juraient avec le reste \u00e0 cause de leurs couleurs pastel. Voil\u00e0 pour l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 l\u2019ext\u00e9rieur, une grange occupait une grande partie du terrain. Avec ses chenils attenants et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vides, la construction de bois semblait \u00eatre d\u2019\u00e9poque, tout comme le pavillon. Un \u00ab&nbsp;1875&nbsp;\u00bb en ciment ornait le fronton de ce dernier. Il y avait encore un petit jardin d\u00e9sert, une grille en fer forg\u00e9 et une cour en b\u00e9ton recouverte d\u2019herbe morte entre les joints. Bref, le coin recul\u00e9 id\u00e9al pour une partie de chasse comme pour une cavale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Avant d\u2019\u00e9lire cet endroit comme terrier, Ari avait tourn\u00e9 et tourn\u00e9 discr\u00e8tement dans le village. Il avait au pr\u00e9alable d\u00e9pos\u00e9 son sac \u00e0 l\u2019abri des regards, derri\u00e8re le monument aux morts. Ensuite, il \u00e9tait parti en exp\u00e9dition \u00e0 la faveur de l\u2019obscurit\u00e9 pr\u00e9gnante. Des trente-deux maisons situ\u00e9es dans le c\u0153ur et aux alentours du village, seules trois d\u2019entre elles semblaient \u00eatre occup\u00e9es, dont une par le cur\u00e9. Le parvis de la fermette curiale \u00e9tait \u00e9clair\u00e9. S\u2019agissait-il d\u2019un message d\u2019accueil pour tout visiteur ou \u00e2me perdue&nbsp;? Ari se le demanda. Toutefois, il passa son chemin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Les autres habitations \u00e9taient d\u00e9sertes. Certaines battaient drapeau \u00ab&nbsp;\u00e0 vendre&nbsp;\u00bb. De vieilles inscriptions sur des panneaux d\u00e9fra\u00eechis attestaient d\u2019une d\u00e9sertion rurale ne datant pas d\u2019hier. Finalement, Ari avait jet\u00e9 son d\u00e9volu sur le pavillon, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du bourg. Discr\u00e9tion et furtivit\u00e9 \u00e9taient ses premiers crit\u00e8res de s\u00e9lection.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Plus t\u00f4t, vers la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 plusieurs bourgades, Ari n\u2019avait pas pu continuer \u00e0 avancer. Avec le froid, et sans aucune solution de fuite, cette d\u00e9cision \u00e9tait la plus sage. Il s\u2019\u00e9tait r\u00e9solu \u00e0 se poser, un jour ou deux, pour mieux r\u00e9fl\u00e9chir, au calme. Ce qui lui arrivait n\u2019\u00e9tait pas banal. Il s\u2019installait l\u00e0, mais au risque de voir la situation due au confinement se durcir encore un peu. Une sorte de pari sur l\u2019avenir en comptant beaucoup sur la chance l\u2019animait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 l\u2019abri, le temps \u00e9tait \u00e0 l\u2019inventaire. Question argent, il lui restait encore plus de huit mille euros en liquide. Au niveau des cigarettes, la cartouche contenait encore six paquets pleins. Le paquet dans la poche de son blouson \u00e9tait \u00e0 peine entam\u00e9. \u00ab&nbsp;Va pour sept&nbsp;\u00bb, nota-t-il. Il sortit le contenu de la poche gauche de son jeans, et le d\u00e9posa sur le lit de camp&nbsp;: quelques lames de chewing-gums biscornues, un mouchoir, trois ou quatre euros, et la carte SIM du t\u00e9l\u00e9phone. Celle de droite n\u2019abritait qu\u2019un briquet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">De sa besace, il extirpa un dictaphone, deux piles neuves, trois stylos, un carnet de moleskine, quelques facturettes, un canif et un exemplaire d\u2019Evgu\u00e9nie Sokolov. Il songea sur le moment \u00e0 Gainsbourg et surtout \u00e0 la playlist bousill\u00e9e en m\u00eame temps que son t\u00e9l\u00e9phone dit intelligent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ultimo, dans le sac de voyage, \u00e0 part un peu de petit linge macul\u00e9, le tout \u00e9tait presque propre&nbsp;: trois jeans, deux pulls, trois chemises, six polos dont deux \u00e0 manches courtes. La trousse de toilette \u00e9tait encore op\u00e9rationnelle. Dans la poche lat\u00e9rale int\u00e9rieure, il y avait \u00e9galement cette tablette toute neuve encore emball\u00e9e et dont il ne s\u2019\u00e9tait jamais servi. Il l\u2019avait emmen\u00e9e pour l\u2019offrir \u00e0 Sofia. OK, c\u2019\u00e9tait un cadeau de Claude, mais il d\u00e9testait se servir de ce gerne d\u2019artifice. Il quitta la plus petite des chambres apr\u00e8s s\u2019\u00eatre assur\u00e9 de l\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9 lumineuse des tentures et descendit dans la cuisine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Heureusement, les propri\u00e9taires du pavillon de chasse \u00e9taient des gens pr\u00e9voyants. D\u2019apr\u00e8s les documents qu\u2019il avait trouv\u00e9s dans les tiroirs de la commode du salon, il s\u2019agissait d\u2019industriels du d\u00e9partement voisin, deux fr\u00e8res aux pr\u00e9noms anciens. Leur sagesse les avait amen\u00e9s \u00e0 faire quelques provisions. Le garde-manger regorgeait de conserves artisanales&nbsp;: des pot-au-feu, du canard enrob\u00e9 de graisse, quelques cassoulets, du p\u00e2t\u00e9, des lentilles confites, et m\u00eame quelques confitures de fruits des bois. Une bonbonne en verre contenait dix litres d\u2019une gn\u00f4le qui sentait les marais et les feuillus, une autre plus transparente, quelques kilos de farine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Dans le salon, il y avait aussi une radio Grunding orange, un vestige des ann\u00e9es soixante-dix, et quelques vieux Paris-Match. D\u00e9cid\u00e9ment, le temps s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 au m\u00eame endroit qu\u2019Ari.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari, s\u2019il ne pouvait tenir un si\u00e8ge de quarantaine, \u00e9tait toutefois en capacit\u00e9 de survivre grassement durant les deux ou trois jours \u00e0 venir, voire les deux ou trois semaines. Il attrapa alors son carnet et commen\u00e7a \u00e0 y prendre des notes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Une heure de plus \u00e9tait pass\u00e9e et Steven \u00e9tait convaincu que Paula ne viendrait plus. Il s\u2019\u00e9tait promis d\u2019attendre encore un peu, mais il ne tenait plus. Les SMS de Juan \u00e9taient plus laconiques, et l\u2019ordre du retour fut somm\u00e9. La traque \u00e9tait un \u00e9chec&nbsp;! Steven n\u2019en \u00e9tait pas la cause. C\u2019\u00e9tait bien, et pour la premi\u00e8re fois, la capacit\u00e9 de renseignement de l\u2019\u00e9quipe de Juan qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine de ce loup\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Prudence \u00e9tant m\u00e8re de s\u00fbret\u00e9, Steven \u00e9quipa la pi\u00e8ce principale de l\u2019appartement avec un dispositif d\u2019\u00e9coute \u00e0 distance. Il installa et calibra la nouvelle carte SIM intra\u00e7able dans la petite bo\u00eete noire et fit un essai. Il tapota dans les mains et le bo\u00eetier d\u00e9clencha un appel vers son t\u00e9l\u00e9phone. Le micro d\u2019ambiance \u00e9tait op\u00e9rationnel. Il compl\u00e9ta son pi\u00e8ge par un mouchard en utilisant le m\u00eame mat\u00e9riel sur la porte d\u2019entr\u00e9e. Pour une discr\u00e9tion optimale, il pla\u00e7a ce dispositif sur le bloc de retour de la porte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">&nbsp;&nbsp;Que pouvait-il faire de plus&nbsp;? \u00ab&nbsp;La bouffe&nbsp;\u00bb, songea-t-il. Devant lui, un voyage de plus de mille kilom\u00e8tres avec obstacles, checkpoints et sans aucun point de ravitaillement possible, se profilait. Toujours dans un souci de pr\u00e9voyance, et tout en conservant son attirail de m\u00e9decin, il monta dans la voiture et se dirigea vers le magasin le plus proche que Google lui avait renseign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Devant la sup\u00e9rette ind\u00e9pendante, une file de clients s\u2019\u00e9tait naturellement form\u00e9e. Ils attendaient patiemment. Dans la p\u00e9nombre de cette rue peu \u00e9clair\u00e9e, Steven eut du mal \u00e0 compter le nombre de gens masqu\u00e9s. Jouant le r\u00f4le du m\u00e9decin, il garda son artifice m\u00e9dical sur le nez.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Au bout de quelques minutes, alors que la file s\u2019allongeait derri\u00e8re lui et que l\u2019avant faisait mouvement au gr\u00e9 des sorties du commerce, la vieille dame devant Steven se retourna et l\u2019observa. \u00ab&nbsp;Passez devant moi&nbsp;\u00bb, proposa-t-elle. D\u2019abord, Steven refusa, sans doute son manque d\u2019habitude \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ros le coupa du r\u00e9flexe d\u2019accepter. Pour \u00eatre cr\u00e9dible, il la d\u00e9passa en se fendant d\u2019un sourire qui se voyait jusqu\u2019aux yeux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ce fut ensuite au tour du client pr\u00e9c\u00e9dent, du suivant et ainsi de suite. Il se retrouva finalement dans la sup\u00e9rette, un panier en plastique \u00e0 la main, avec une bonne heure d\u2019avance sur le planning initial.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Sofia remarqua rapidement le m\u00e9decin. De grande taille, la blouse presque immacul\u00e9e, le masque sur le nez et une casquette bleue orn\u00e9e d\u2019un caduc\u00e9e d\u2019or, il \u00e9tait impressionnant. Si impressionnant qu\u2019elle l\u2019imagina rev\u00eatu d\u2019une tenue noire, les yeux \u00e0 peine visibles. Sofia frissonna. Cela lui rappela les attaques de magasin comme la Belgique en avait connu dans les ann\u00e9es&nbsp;80.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Pour l\u2019heure, ce n\u2019\u00e9tait pas le cas, \u00ab&nbsp;cet homme sauve des vies, c\u2019est un h\u00e9ros&nbsp;\u00bb, songea-t-elle. Elle l\u2019observa. Il remplissait son panier de g\u00e2teaux, de fruits secs et de boissons \u00e9nerg\u00e9tiques. \u00ab&nbsp;Un h\u00e9ros&nbsp;\u00bb, songea-t-elle. La fonction lui inspirait confiance. L\u2019homme la regardait par intermittence. Son perfecto ouvert marquait la taille fine et laissait appara\u00eetre la paire de seins en libert\u00e9 sous la laine vierge. Il n\u2019en loupait pas une miette.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Steven bandait. Pourtant, la beurette, ce n\u2019\u00e9tait pas son style. Il aimait les femmes plus europ\u00e9ennes, plus blanches, selon ses dires. \u00ab&nbsp;Enfin, moins\u2026&nbsp;\u00bb Mais elle paraissait insister du regard. Peut-\u00eatre se faisait-il des id\u00e9es&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">De son c\u00f4t\u00e9, Sofia h\u00e9sita. Le beau m\u00e9decin \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la caisse. C\u2019\u00e9tait pourtant l\u2019occasion r\u00eav\u00e9e de faire ausculter Claude, et peut-\u00eatre m\u00eame de se d\u00e9barrasser de lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Seules deux caisses \u00e9taient ouvertes. Quand la deuxi\u00e8me se lib\u00e9ra, elle d\u00e9posa la dizaine d\u2019articles sur le tapis roulant. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du petit rayon rempli de chewing-gum, de revues et de piles, Steven venait de payer en liquide et r\u00e9cup\u00e9rait son sac. Il ne se pressa pas, mettant entre parenth\u00e8ses l\u2019ordre de remonter \u00e0 Bruxelles rapidement. Quelque chose le perturbait chez cette jolie Marocaine. Il avait \u00e0 son encontre comme un go\u00fbt de d\u00e9j\u00e0-vu. Peut-\u00eatre \u00e9tait-elle c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Sofia se h\u00e2tait. L\u2019aide du m\u00e9decin \u00e9tait providentielle. Comment aurait-elle pu savoir qu\u2019il \u00e9tait le bras arm\u00e9 de celui qui avait ordonn\u00e9 la mort d\u2019Ari et de celle de Claude&nbsp;? Il d\u00e9cida de l\u2019attendre sur le trottoir.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 l\u2019autre bout de la France, Ari alluma une bougie et la d\u00e9posa sur la table basse du salon. Il avait consign\u00e9 un tas de choses dans son carnet. Le fait de coucher sur papier la situation l\u2019avait d\u00e9charg\u00e9 du poids de l\u2019incertitude, de la peur de l\u2019inconnu.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il avait au pr\u00e9alable trac\u00e9 un tableau en trois colonnes. Une pour les faits av\u00e9r\u00e9s. Une autre pour les suppositions plausibles. Une derni\u00e8re pour les incertitudes totales. Il y reporta en premier lieu le contenu de son inventaire.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ensuite, il avait fait le r\u00e9cit pr\u00e9cis des \u00e9v\u00e9nements. Juan \u00e9tait le d\u00e9nominateur commun \u00e0 beaucoup de choses. Tout avait chang\u00e9 le jour o\u00f9 cet \u00e9trange Am\u00e9ricain avait crois\u00e9 son chemin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En relisant ce qu\u2019il avait not\u00e9, il fut soudain pris d\u2019une sorte de vertige. S\u2019il avait voulu \u00e9crire un roman, il ne s\u2019y serait pas pris autrement. Juan avait d\u00fb tout pr\u00e9voir, m\u00eame ce qui n\u2019\u00e9tait pas encore arriv\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Au moins, Ari savait o\u00f9 il en \u00e9tait. Il y avait de quoi se plaindre, bien s\u00fbr. Mais Ari, m\u00eame s\u2019il \u00e9tait plut\u00f4t taciturne et pessimiste de nature, pouvait aussi se convaincre que la situation avait en elle du positif.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ainsi, trouva-t-il que sa situation actuelle \u00e9tait confortable dans son inconfort. Cela aurait pu \u00eatre pire. Combien de clodos, de types errants et de gars n\u2019ayant pour unique domicile que leur vieille Clio \u00e9taient enferm\u00e9s en dehors de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9sormais confin\u00e9e&nbsp;? Combien d\u2019inconscients se baladaient-ils avec une charge de BTA12 dans les entrailles&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Lui, il \u00e9tait officiellement mort, d\u2019accord&nbsp;! Mais, Claude cavalait avec des tueurs aux trousses, sans doute ces m\u00eames tueurs cherchaient-ils Sofia&nbsp;! \u00c0 moins que\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il comptait sur le fait qu\u2019elle \u00e9tait tomb\u00e9e sur le petit mot dans la bo\u00eete aux lettres, qu\u2019elle avait eu la certitude qu\u2019il \u00e9tait en vie et l\u2019intelligence de suivre son conseil&nbsp;: fuir dans sa famille, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e. Apr\u00e8s tout, avoir comme cousin l\u2019\u00e9toile montante de Services secrets marocains, ce n\u2019\u00e9tait pas rien, \u00e7a comptait m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Quant \u00e0 son petit confort personnel, ce dernier \u00e9tait assur\u00e9 par quelques vivres, un toit, la chaleur d\u2019un feu et un silence \u00e0 toute \u00e9preuve.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Steven patientait en mastiquant sur le trottoir la fin d\u2019un g\u00e2teau sec, le paquet ouvert \u00e0 la main. La file ne diminuait pas. La plupart des gens qui la composaient le regardaient avec une forme d\u2019admiration. Aucune exception. Tout le monde semblait l\u2019aimer. Il ne sut jamais pourquoi la jolie brune qu\u2019\u00e9tait Sofia fit machine arri\u00e8re au dernier moment. Pourtant, dans ses yeux, il avait d\u00e9cel\u00e9 la volont\u00e9 de venir lui parler. C\u2019\u00e9tait tant pis. Elle \u00e9tait pass\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, les yeux plong\u00e9s sur l\u2019\u00e9cran de son t\u00e9l\u00e9phone portable. Fin de l\u2019histoire inachev\u00e9e. Steven, arm\u00e9 de ses provisions, monta en voiture et prit la direction de l\u2019autoroute vers le nord. Au revoir B\u00e9ziers.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ses chaussures&nbsp;! Voil\u00e0 ce qui avait, au tout dernier moment, convaincu Sofia qu\u2019aborder le m\u00e9decin \u00e9tait une tr\u00e8s mauvaise id\u00e9e. Cela n\u2019avait tenu \u00e0 rien. Un souvenir du Liban l\u2019avait rattrap\u00e9e. Un m\u00e9decin, lui aussi. En fait un militaire d\u00e9guis\u00e9 en m\u00e9decin. Les soldats sont toujours trahis par les pr\u00e9cautions qu\u2019ils prennent, comme celle d\u2019enfiler des chaussures montantes aux semelles insonores.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Soudain, elle paniqua et prit la mesure du danger environnant. Un frisson lui parcourut le corps. Ses sens en alerte, elle prit plusieurs routes diff\u00e9rentes pour rentrer chez elle. Elle bifurqua, fit volte-face, tournoya, louvoya, traversa un jardinet, sauta le muret ab\u00eem\u00e9 de l\u2019\u00e9cole \u00e9l\u00e9mentaire, se cacha derri\u00e8re quelques containers \u00e0 poubelles, coupa son t\u00e9l\u00e9phone \u2013 on ne sait jamais \u2014, et finit par se lover entre deux voitures, juste devant chez elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Au bout de cinq minutes d\u2019immobilit\u00e9 totale et de souffle contr\u00f4l\u00e9, elle partit \u00e0 l\u2019assaut des derniers m\u00e8tres. Tout \u00e9tait calme. Tout le monde \u00e9tait chez soi&nbsp;\u00e0 l\u2019heure du journal de vingt heures, devenu la grande messe du BTA12&nbsp;: on ordonnait, on \u00e2nonnait, on fustigeait, on priait et l\u2019on conseillait de le faire aussi, encore et encore.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Devant la bo\u00eete aux lettres, elle marqua l\u2019arr\u00eat, ind\u00e9cise. Que pouvait-il encore y avoir comme autre nouvelle que celles de cette journ\u00e9e d\u00e9j\u00e0 bien riche en \u00e9motions&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 l\u2019aide de son doigt, Ari avait r\u00e9cur\u00e9 la conserve de verre. Il ne restait rien du p\u00e2t\u00e9 en cro\u00fbte. Pas une miette. Dommage qu\u2019il n\u2019eut pas le temps de se cuire un pain. Il se promit que ce serait pour le lendemain.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Assis dans le vieux canap\u00e9 en cuir vert fonc\u00e9 martel\u00e9 de boutons en laiton sur les coutures, il savourait un vieil armagnac d\u00e9nich\u00e9 dans la r\u00e9serve. Le brandevin tapait bien plus haut que les quarante degr\u00e9s r\u00e9glementaires. La bouteille, de chez R\u00e9my Martin, n\u2019attendait qu\u2019une chose&nbsp;: qu\u2019Ari se serve \u00e0 nouveau. Lui aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Petit \u00e0 petit, la pression descendait, m\u00eame s\u2019il restait vigilant. Un dilemme technologique se posa \u00e0 lui. Il avait ouvert l\u2019emballage de la tablette. La configurer&nbsp;? C\u2019\u00e9tait une possibilit\u00e9. Cependant, il pr\u00e9f\u00e9ra chipoter le potentiom\u00e8tre de la vieille radio, son seul lien avec l\u2019ext\u00e9rieur. \u00c0 l\u2019ancienne, il tourna le bouton \u00e0 droite, puis \u00e0 gauche, \u00e0 plusieurs reprises&nbsp;; revenant sur une fr\u00e9quence, calibrant au millim\u00e8tre pour que le son soit le plus clair possible. Finalement, il se cala sur France Inter, la plus audible. Le journal radiophonique de vingt heures s\u2019achevait sur les informations internationales. On peignait l\u00e0 des tableaux apocalyptiques, on cataloguait les pays les plus touch\u00e9s en fonction du nombre de morts, on proph\u00e9tisait d\u00e9j\u00e0 de la crise \u00e9conomique \u00e0 venir. Le pr\u00e9sentateur annon\u00e7a le d\u00e9bat \u00e0 suivre, apr\u00e8s la page de publicit\u00e9. Le nouveau pr\u00e9sident du Rassemblement National \u00e9tait l\u2019invit\u00e9 des quinze prochaines minutes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari retrouvait le go\u00fbt \u00e9trange de cette relation entre l\u2019auditeur de radio \u00ab&nbsp;en direct&nbsp;\u00bb et les \u00e9missions qu\u2019il fallait saisir sur le vif. Impossible pour lui d\u2019enregistrer le moindre son, de rembobiner l\u2019information. Sans technologie, pas de podcast ni de diff\u00e9r\u00e9 \u00e0 discr\u00e9tion ou encore de contenu \u00e0 la demande. Il d\u00e9cida d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 ce qu\u2019allait dire \u00ab&nbsp;l\u2019autre tar\u00e9 de facho&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En marge des publicit\u00e9s, le message r\u00e9p\u00e9titif du Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 concernant les mesures \u00e0 prendre pour se prot\u00e9ger du BTA12 \u00e9tait clair&nbsp;: pas de contact physique avec d\u2019autres \u00eatres humains que ceux du foyer, une distance sociale de deux m\u00e8tres, un lavage r\u00e9gulier des mains en six phases et durant une minute. Les pr\u00e9cautions d\u2019usage, en mati\u00e8re d\u2019utilisation de mouchoirs et du creux du coude pour \u00e9viter de projeter le virus dans l\u2019air lors d\u2019un \u00e9ternuement ou d\u2019une toux, suivirent. Enfin, le d\u00e9bat commen\u00e7a.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari n\u2019ayant rien d\u2019autre \u00e0 faire que de siphonner l\u2019armagnac, il s\u2019enfon\u00e7a dans le fauteuil, une vieille couverture sur les jambes, les pieds sur la table et la cigarette dans le cendrier mont\u00e9 sur pieds. Il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 ne rien faire d\u2019autre que d\u2019\u00e9couter.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-background has-text-align-center has-very-dark-gray-color has-luminous-vivid-amber-background-color\"><strong>\u2013 FIN DE L\u2019EPISODE 4 \u2013<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>Vous retrouverez le prochain \u00e9pisode (5) le 22 avril sur notre site.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux possibilit\u00e9s s\u2019offrent \u00e0 vous pour lire cet \u00e9pisode : ==&gt; Soit dans le flibook juste ci-desssous==&gt; Soit directement sur cette page (voir plus bas). [\/dflip La Galerie &#8211; Episode 4 &#8211; CONFINEMENT Il \u00e9tait pass\u00e9 treize heures de dix minutes, et Sofia ressentit comme une envie de voir du monde. 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