    {"id":295,"date":"2020-04-21T15:17:54","date_gmt":"2020-04-21T13:17:54","guid":{"rendered":"https:\/\/bsdrs.org\/?page_id=295"},"modified":"2020-04-21T21:44:06","modified_gmt":"2020-04-21T19:44:06","slug":"episode-5","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/bsdrs.org\/index.php\/episodes\/episode-5\/","title":{"rendered":"Episode cinq"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-color has-background has-very-dark-gray-color has-luminous-vivid-amber-background-color\"><strong>Deux possibilit\u00e9s s\u2019offrent \u00e0 vous pour lire cet \u00e9pisode :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>==&gt; Soit dans le flibook juste ci-desssous<br>==&gt; Soit directement sur cette page (voir plus bas).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-luminous-vivid-amber-color\"><div class=\"_df_book df-lite\" id=\"df_299\"  title=\"la-galerie-episode-v\" _slug=\"la-galerie-episode-5\" wpoptions=\"true\" thumbtype=\"bg\" ><p class=\"df-raw-loading\">Please wait while flipbook is loading. 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Face \u00e0 elle, Claude portait encore le masque de la souffrance physique, mais il souriait, lui aussi. Le mot laiss\u00e9 par Ari \u00e9tait venu les sauver de leur tristesse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Ne t\u2019en fais pas, je vais bien. Je suis pass\u00e9 sans pouvoir te voir. Je remonte dans le nord, un probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9gler. Saloperie de confinement qui m\u2019\u00e9loigne de toi alors que je suis devant ta porte. Si tu as l\u2019occasion de fuir au Maroc\u2026 comme disait Charles&nbsp;: c\u2019est moins p\u00e9nible au soleil&nbsp;! Peut-\u00eatre pourrions-nous nous y rejoindre. Mon t\u00e9l\u00e9phone est d\u00e9charg\u00e9, comme toujours&nbsp;! Te souviens-tu de notre planque \u00e0 mots ? Je pense \u00e0 toi.&nbsp; Ari.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Sofia \u00e9tait rassur\u00e9e pour deux raisons. D\u2019abord parce qu\u2019avec Ari en vie, le doute planant sur Claude n\u2019avait plus de raison d\u2019\u00eatre. Ensuite, parce qu\u2019Ari, en \u00e9voquant leur email commun, sorte de bo\u00eete aux lettres morte, prouvait qu\u2019il \u00e9tait bien l\u2019auteur du message. En revanche, elle esp\u00e9ra que le \u00ab&nbsp;probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9gler&nbsp;\u00bb n\u2019\u00e9tait pas en lien avec son d\u00e9sormais faux d\u00e9c\u00e8s et les tueurs lanc\u00e9s \u00e0 la poursuite de Claude.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Quant \u00e0 l\u2019agent d\u2019Ari, un poids lourd s\u2019\u00e9tait envol\u00e9 de ses \u00e9paules \u00e0 la simple relecture du message griffonn\u00e9 sur une page de carnet. Un des deux meurtres qu\u2019on lui attribuait \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9solu, faute de cadavre. Pour celui de Gaelle, c\u2019\u00e9tait une autre paire de manches, mais une chose \u00e0 la fois. Il \u00e9tait inutile de mettre la charrue avant les b\u0153ufs.&nbsp;&nbsp;Savoir Ari en vie le rendait joyeux.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Il ne sait pas que sa mort est d\u00e9clar\u00e9e, \u00e0 en lire le message, fit remarquer Claude.<\/li><li>C\u2019est certain, il nous aurait rassur\u00e9s autrement&nbsp;!<\/li><li>Toi, pas moi&nbsp;! Il ne sait pas que je suis ici, dit-il, songeur.<\/li><li>Mais alors&nbsp;? Il va filer chez toi&nbsp;? Il va chercher \u00e0 se renseigner, non&nbsp;? Il\u2026<\/li><li>Il faut l\u2019avertir. C\u2019est quoi cette histoire de planque \u00e0 mots ?<\/li><li>On utilise \u00e7a pour communiquer quand je suis dans des pays difficiles. Il me laisse des messages sous l\u2019onglet brouillon, comme \u00e7a le message ne transite pas entre deux bo\u00eetes. \u00c7a reste plus ou moins secret.<\/li><li>Pas con&nbsp;! r\u00e9pondit Claude.&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Sofia lui tendit les mains alors qu\u2019il \u00e9tait allong\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 sur le lit. Elle n\u2019avait pas pris le temps d\u2019enlever son perfecto, et les sacs de commissions \u00e9taient \u00e9tal\u00e9s dans le couloir, devant la chambre d\u2019amis. Il lorgna les seins qui battaient au rythme du c\u0153ur, mais au contact de ses mains froides, Claude se ressaisit. Sofia \u00e9tait la chasse gard\u00e9e d\u2019Ari.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Il faut l\u2019avertir&nbsp;! dit Claude en reprenant le contr\u00f4le de ses instincts.<\/li><li>Oui, tu as raison. Envoyons-lui un email sur notre bo\u00eete.<\/li><li>OK. Mais, mettons-nous d\u2019accord maintenant sur la suite des \u00e9v\u00e9nements.&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Quelle suite&nbsp;? demanda Sofia.<\/li><li>En lisant le mot d\u2019Ari, j\u2019ai pens\u00e9 que\u2026 enfin, tu vois&nbsp;! On ne peut\u2026 enfin, je ne peux pas rester ici avec ces tueurs qui me poursuivent.&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Les tueurs, oui. Et aussi avec toutes les polices europ\u00e9ennes aux trousses, dit-elle en lui tendant le journal qu\u2019elle avait achet\u00e9 \u00e0 la sup\u00e9rette.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En seconde page, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un article mentionnant le meurtre d\u2019Ari, la photo de Claude illustrait son avis de recherche Interpol et confirmait la pr\u00e9sence d\u2019une deuxi\u00e8me victime. En lisant le pr\u00e9nom de Gaelle, il fr\u00e9mit et eut quelques regrets. Il n\u2019\u00e9tait, soudainement, plus tout \u00e0 fait certain qu\u2019elle n\u2019avait pas compt\u00e9 pour lui. Souvent, les d\u00e9parts forc\u00e9s gangr\u00e8nent les certitudes que l\u2019on pense rassurantes.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Juan avait profit\u00e9 du calme de la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi pour se reposer un peu. Une sieste de deux heures sur le canap\u00e9 l\u2019avait requinqu\u00e9 comme s\u2019il avait fait le tour de l\u2019horloge. Dans le cottage du fond du jardin, il se rasa le bord des joues dans la petite salle de bain, tailla sa barbe et se brossa les cheveux poivre et sel avec beaucoup de d\u00e9licatesse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Au rez-de-chauss\u00e9e, on sonna. Une des secr\u00e9taires d\u2019Analytika, pr\u00e9nomm\u00e9e L\u00e9na, attendait, sous une pluie battante, le plateau \u00e0 la main, que Juan d\u00e9verrouille la g\u00e2che \u00e0 distance. Cela ne tarda pas. Elle p\u00e9n\u00e9tra dans le petit salon, et y resta en faction. Juan semblait \u00eatre toujours \u00e0 l\u2019\u00e9tage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Apr\u00e8s quelques instants, dans un silence monacal et lourd, une voix ferme venue de l\u2019\u00e9tage lui ordonna de laisser le caf\u00e9 sur la petite table du salon et lui indiqua qu\u2019elle pouvait rentrer chez elle. L\u00e9na sortit, interdite d\u2019\u00eatre d\u00e9laiss\u00e9e \u00e0 ce point par son patron qui ne rechignait jamais \u00e0 la baiser, parfois \u00e0 m\u00eame le sol ou dans le parc, contre un arbre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Depuis la fen\u00eatre et derri\u00e8re l\u2019\u00e9pais double rideau de tulle, Juan la regarda s\u2019\u00e9loigner en suivant les mouvements de sa croupe. \u00ab&nbsp;Elle sait que je la regarde, cette petite vicieuse&nbsp;\u00bb, dit-il \u00e0 haute voix comme s\u2019il parlait \u00e0 son autre moi. En temps ordinaire, il aurait couru derri\u00e8re elle, l\u2019aurait peut-\u00eatre emmen\u00e9e \u00e0 la cave. Un \u00e9norme cong\u00e9lateur s\u2019y trouvait. La derni\u00e8re fois qu\u2019il avait vu le mastodonte blanc, il avait imm\u00e9diatement pens\u00e9 \u00e0 la croupe de L\u00e9na. Le temps n\u2019\u00e9tait pourtant pas \u00e0 cela. L\u2019op\u00e9ration LAND avait d\u00e9marr\u00e9 comme pr\u00e9vu. Seules ombres au tableau&nbsp;: Paula Lebrun et Claude Kupfer avaient \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 Steven.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ce soir, c\u2019\u00e9tait pourtant le grand soir pour Juan. Apr\u00e8s deux ans de pr\u00e9paration, son plan \u00e9tait enfin op\u00e9rationnel. Son super ordinateur \u00e9tait en bon \u00e9tat de marche et son logiciel pr\u00e9dictif \u00e9tait pass\u00e9 en phase infox. Autonome, il \u00e9tait maintenant capable d\u2019inonder les canaux divers et vari\u00e9s des messages servant la Cause. Et tout cela avait \u00e9t\u00e9 pens\u00e9, cr\u00e9\u00e9 et mis en place au beau milieu de l\u2019Europe, \u00e0 l\u2019\u00e9picentre des Institutions qui avaient, sans le savoir, financ\u00e9 les outils et les ressources qui allaient conduire \u00e0 leur perte.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il fixa l\u2019\u00e9cran de son t\u00e9l\u00e9phone. Le dernier message de Steven indiquait qu\u2019il serait de retour aux environs de cinq heures du matin. Juan le convoqua par SMS&nbsp;: \u00ab&nbsp;Endroit habituel \u00e0 huit heures demain matin.&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;Une fois n\u2019\u00e9tait pas coutume, Juan allait devoir se passer de son garde du corps pour se rendre \u00e0 la r\u00e9union secr\u00e8te du BNU. Il passa son costume, but une lamp\u00e9e de Chivas et fit l\u2019inventaire en marchant des points \u00e0 aborder durant la r\u00e9union du soir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 la simple \u00e9vocation des nom et pr\u00e9nom de Jacques Durand, Ari, toujours engonc\u00e9 dans le canap\u00e9 du pavillon de chasse picard, l\u2019armagnac \u00e0 la main, n\u2019avait pas mouft\u00e9. Aussi, quand le nouveau pr\u00e9sident du Rassemblement National, \u00c9mile-Jean Roismier, indiqua que Durand \u00e9tait un ancien militaire vivant \u00e0 Lesbos, qu\u2019il \u00e9tait le neveu d\u2019un ancien \u00e9lu de gauche dont on taisait le nom et que l\u2019homme avait \u00e9t\u00e9 poursuivi pour des faits de m\u0153urs, Ari tendit l\u2019oreille, presque m\u00e9caniquement, comme si cela s\u2019\u00e9tait fait en arri\u00e8re-plan.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Qu\u2019essayez-vous de nous dire, Monsieur Roismier&nbsp;?&nbsp;\u00bb, demanda le pr\u00e9sentateur. \u00ab&nbsp;Que ce virus, s\u2019il n\u2019est pas un ch\u00e2timent divin, nous enjoint \u00e0 nous poser la question de la diff\u00e9renciation que ce dernier fait entre les diff\u00e9rents ADN ethniques&nbsp;\u00bb, confirma Roismier, froid et s\u00fbr de lui. \u00ab&nbsp;Allez-y, d\u00e9taillez, il nous reste trois minutes&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Le sergent Durand, pour lequel je n\u2019ai aucune affection ni politique ni sociale, est mort en moins de deux jours alors que les deux migrantes avec qui il menait, disons-le avec des gants, une vie dissolue depuis un mois, sont en parfaite sant\u00e9 sans aucune trace du BTA12.&nbsp;\u00bb Le journaliste, estocad\u00e9 par les propos du tartarin, ne broncha pas. Le populiste poursuivi de bon aloi. \u00ab&nbsp;Qui nous dit que ce virus n\u2019est pas g\u00e9n\u00e9tiquement d\u00e9favorable aux Europ\u00e9ens de souche, dites-moi&nbsp;? La fermeture des fronti\u00e8res est vitale, pour notre survie, pour celle de nos enfants, pour la continuit\u00e9 de notre race.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Quel connard&nbsp;\u00bb, souffla Ari. En ces temps difficiles, les vrais visages apparaissaient sous les masques diaphanes. Par r\u00e9flexe, Ari chercha \u00e0 rembobiner l\u2019\u00e9mission, mais il dut se r\u00e9soudre en constatant la v\u00e9tust\u00e9 du poste de radio orang\u00e9. \u00ab&nbsp;Connard\u2026&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Connard que je suis\u2026&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Mais, oui&nbsp;\u00bb. Il \u00e9tait tellement choqu\u00e9 par ce qu\u2019il venait d\u2019entendre, qu\u2019il fit fi de la premi\u00e8re information qui tournait en arri\u00e8re-plan dans son cerveau. Il avala le reste du verre et se leva. Il alluma une nouvelle cigarette et marcha dans le salon. \u00ab&nbsp;Connard&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Soudain, au rythme des pas, les blocs remplirent les bonnes cases. Il se rua sur la tablette encore emball\u00e9e. Puis il se reprit. \u00c0 quoi bon configurer cette tablette&nbsp;? S\u2019il ins\u00e9rait sa carte SIM dans n\u2019importe quel appareil, il laisserait des traces. Pire, il serait peut-\u00eatre rep\u00e9r\u00e9 sur le champ. D\u00e9cid\u00e9ment, se dit-il, l\u2019aide de Juan, qu\u2019il soup\u00e7onnait pourtant de n\u2019\u00eatre pas tout \u00e0 fait clair, serait la bienvenue. Il reprit le contr\u00f4le. Apr\u00e8s tout, d\u00e9j\u00e0 deux profils, deux personnages cr\u00e9\u00e9s pour Juan avaient pris vie. De deux choses l\u2019une&nbsp;: soit Juan \u00e9tait victime de la m\u00eame cabale que lui, soit Juan \u00e9tait le magicien qui agitait les enfers autour d\u2019Ari. Bri\u00e8vement, il pensa au corps de son client Airbnb, mais chassa les \u00e9motions qui le traversaient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il lui fallait garder la t\u00eate froide et avoir acc\u00e8s \u00e0 de l\u2019information. Cela devenait crucial. Qui peut gagner sans s\u2019informer de nos jours&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">D\u2019abord, il fouilla toute la maison, encore une fois. La ligne t\u00e9l\u00e9phonique fonctionnait, mais l\u2019appareil \u00e9tait rudimentaire. De plus l\u2019installation datait de Mathusalem, avec sa prise en T, la fameuse F-010. Il n\u2019y avait qu\u2019un Minitel pour se connecter \u00e0 ce genre de vieux brol. Il inspecta ensuite les caves. L\u00e0, il trouva sur une \u00e9tag\u00e8re pleine de poussi\u00e8re, au milieu d\u2019appareils de torr\u00e9faction et de vieux outils, un Minitel. Malheureusement depuis 2012, le service, pourtant innovant et presque pr\u00e9curseur de l\u2019Internet, n\u2019\u00e9tait plus disponible.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le pavillon \u00e9tait d\u00e9suet dans son enti\u00e8ret\u00e9. Il pesta alors contre son aversion pour le num\u00e9rique et le digital. L\u2019information \u00e9tait le nerf de la guerre, il le savait bien. Il le ressentait m\u00eame. Il lui fallait trouver une solution. Ari d\u00e9cida donc de marcher un peu dehors, autour de la maison, histoire de trouver une martingale. Il enfila sa veste, en remonta le col, \u00e9crasa sa cigarette dans le cendrier du hall d\u2019entr\u00e9e, et \u00e9teignit les lumi\u00e8res avant d\u2019ouvrir la porte. Il jeta un coup d\u2019\u0153il derri\u00e8re lui avant de la refermer. Seules les braises incandescentes projetaient une nitescence rouge de faible intensit\u00e9. Les nuages avaient laiss\u00e9 la place \u00e0 un quartier de lune vers lequel les flaques au sol renvoyaient l\u2019image d\u00e9polie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 cette heure d\u00e9j\u00e0, plus aucune voiture ne circulait. La soir\u00e9e ne faisait que commencer et l\u2019on croisait, sur le p\u00e9riph\u00e9rique bruxellois, autant de v\u00e9hicules de police que de personnes osant s\u2019aventurer \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, dans une p\u00e9riode qui ressemblait de plus en plus \u00e0 un couvre-feu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En moins de vingt minutes, Juan avait atteint la sortie du ring menant \u00e0 La Hulpe. Autrement appel\u00e9e la Porte des Ardennes braban\u00e7onnes, cette commune ultra-bois\u00e9e, riche banlieue-dortoir, offrait un cadre id\u00e9al \u00e0 bien des \u00e9gards. Pour qui cherchait la discr\u00e9tion, m\u00eame \u00e9conomique, c\u2019\u00e9tait l\u2019endroit parfait. Tout le comit\u00e9 de direction de Beylaeir&nbsp;&nbsp;avait \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit par cette proximit\u00e9 avec la capitale bruxelloise. \u00ab&nbsp;Si vous payez vos taxes, personne ne vous posera de questions&nbsp;\u00bb, avait martel\u00e9 l\u2019expert-comptable. Ainsi, cette soci\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e en investissements et d\u00e9veloppements pharmaceutiques, en apparence bien sous tous rapports, s\u2019\u00e9tait install\u00e9e et avait prosp\u00e9r\u00e9 tant au niveau des acquisitions que des op\u00e9rations de sponsoring et lobbying. Bruxelles oblige.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le si\u00e8ge social \u00e9tait entour\u00e9 d\u2019un parc domanial et offrait tout le luxe de la campagne \u00e0 quelques encablures de la ville et de ses facilit\u00e9s&nbsp;: gares, a\u00e9roport et r\u00e9seau autoroutier fourni.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Juan s\u2019engagea dans la longue all\u00e9e de quatre-cents m\u00e8tres apr\u00e8s avoir pass\u00e9 les grilles et le portique de s\u00e9curit\u00e9 o\u00f9 il avait montr\u00e9 patte blanche. Il d\u00e9passa le premier b\u00e2timent, une immense maison de ma\u00eetre. Des lampes LED \u00e9taient dispos\u00e9es tout au long de la route au rev\u00eatement si impeccable que les voitures n\u2019y faisaient aucun bruit. Il croisa deux patrouilles de deux hommes et un chien, et s\u2019arr\u00eata face \u00e0 un \u00e9tang, \u00e9clair\u00e9 lui aussi. La pluie venait de s\u2019arr\u00eater.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Juan sortit du v\u00e9hicule, ouvrit la porte arri\u00e8re-droite, enfila son veston et son pardessus et se r\u00e9fugia sous le parapluie que venait de lui tendre un des nombreux gardes de la propri\u00e9t\u00e9. Le cerb\u00e8re n\u2019avait pas l\u2019air commode du tout. Le visage carr\u00e9 et \u00e9maci\u00e9 arborait une petite bouche ferm\u00e9e, et se finissait par un menton anguleux en galoche. Les yeux bleus d\u2019acier, ses cheveux presque blonds, et sa corpulence athl\u00e9tique attestaient de son origine europ\u00e9enne. Tous les agents charg\u00e9s de la protection du domaine semblaient \u00eatre issus du m\u00eame moule. Ici, pas question de faire appel aux soci\u00e9t\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 o\u00f9 se brassaient trop d\u2019ethnies au go\u00fbt des v\u00e9ritables dirigeants de Beylaeir. Tout le personnel de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9tait leurs employ\u00e9s. Engag\u00e9s par Eux, pay\u00e9s par Eux, et licenci\u00e9s selon Leur m\u00e9thode&nbsp;: ad vitam aeternam.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Tout dans ce contexte paraissait propre et net. Les jardins comme les b\u00e2timents, le petit lac comme les bordures des all\u00e9es, jusqu\u2019au personnel. Celui de jour comme celui de nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Juan prit une profonde respiration en arrivant devant le b\u00e2timent moderne, sorte de rotonde de b\u00e9ton de cinq \u00e9tages dont trois \u00e9taient enterr\u00e9s. Le temps \u00e9tait venu de passer aux choses tr\u00e8s s\u00e9rieuses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En sortant du lit, elle arcbouta son m\u00e8tre soixante entre la mansarde et le sol. Une chemise trop grande sur le dos, Paula s\u2019avan\u00e7a vers la fen\u00eatre et tira les tentures. Ce qu\u2019elle vit \u00e0 travers le double vitrage de la baie la rassura. La vue basse avait un air de \u00ab&nbsp;Murmures de la for\u00eat&nbsp;\u00bb, ce paysage avec ce lac teint\u00e9 de nuances de verts et de bleus. En remontant un peu le regard, elle voyait se dessiner devant elle quelques coteaux l\u00e9g\u00e8rement enneig\u00e9s et parsem\u00e9s de brun forestier et de vert abi\u00e9tin. Un peu plus haut, des cr\u00eates cass\u00e9es et des reliefs aigus d\u00e9coupaient le ciel d\u2019hiver d\u00e9j\u00e0 bleu. Le paysage \u00e9tait alpin, bien que l\u2019altim\u00e8tre de sa montre intelligente n\u2019indiquait qu\u2019un bon cinq-cents m\u00e8tres. Pas de quoi en faire une montagne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">La d\u00e9coration de la chambre \u00e9tait des plus indig\u00e8nes. Elle cadrait avec les ext\u00e9rieurs&nbsp;: des essences de pins, un \u00e9pais tapis au sol, une descente de lit caprine, et un lit en bois brut, sous vo\u00fbte, sur lequel une \u00e9paisse couette \u00e0 motif Vichy rouge et blanc gardait les stigmates de la nuit.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Rassur\u00e9e donc, elle l\u2019\u00e9tait. Pourtant, elle avait d\u00fb se surpasser et faire un important effort sur elle-m\u00eame pour se retrouver l\u00e0, sur les hauteurs de Simmerath en Westphalie allemande. Son h\u00e9bergeur, bien que proche g\u00e9n\u00e9tiquement, avait longtemps \u00e9t\u00e9 un inconnu pour elle. C\u2019est pourquoi, avant de descendre prendre le petit-d\u00e9jeuner dans ce cossu chalet, elle enfila un jeans et un pull \u00e0 col roul\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Bien dormi&nbsp;? demanda Alain Trisit.<\/li><li>Tr\u00e8s, oui&nbsp;! Merci&nbsp;!&nbsp;<\/li><li>Cela doit te rappeler l\u2019Autriche, non&nbsp;? questionna-t-il sur un ton voisin des reproches.<\/li><li>C\u2019est vrai. \u00c7a y ressemble, un peu. Et toi&nbsp;?<\/li><li>Quoi, moi&nbsp;?<\/li><li>Bien dormi&nbsp;?<\/li><li>Oui, je te remercie. Depuis que je suis install\u00e9 ici, toutes les nuits sont bonnes.<\/li><li>\u00c7a fait combien de temps&nbsp;?<\/li><li>Six ans. D\u00e8s ma retraite, je suis venu ici.<\/li><li>\u00c7a change des volcans.<\/li><li>C\u2019est certain, admit-il.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">La relation entre Paula et son g\u00e9niteur, comme elle l\u2019appelait, \u00e9tait difficile. N\u2019avoir appris son existence qu\u2019\u00e0 l\u2019aube de ses trente-cinq ans n\u2019aidait en rien. Cinq ans de reconnaissance et quelques d\u00eeners, coups de fil et emails partag\u00e9s n\u2019\u00e9taient tout simplement pas suffisants pour que ces deux-l\u00e0 soient complices. Au moins, \u00e0 ce sujet, \u00e9taient-ils au m\u00eame diapason&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Tu me parleras donc toujours de l\u2019Autriche&nbsp;? demanda Paula.<\/li><li>Non. Pas toujours. Tu sais ce que je pense de tout \u00e7a.<\/li><li>Justement. Il serait temps de parler de tout \u00e7a, comme tu dis. Une fois pour toutes. Et d\u2019ailleurs la raison pour laquelle je suis venue me r\u00e9fugier chez toi trouve son origine dans mon pass\u00e9 autrichien.<\/li><li>Je ne t\u2019ai rien demand\u00e9, affirma Alain.<\/li><li>Moi j\u2019ai envie de parler.&nbsp;<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">D\u2019abord, le silence s\u2019installa entre les lamp\u00e9es de caf\u00e9 et les bruits du couteau sur les tartines fra\u00eechement grill\u00e9es. Enfin le moment de l\u00e2cher les mots arriva. Ils ne d\u00e9barrass\u00e8rent pas la table. Cela dura deux heures. Pendant ces longues minutes, parfois ponctu\u00e9es de pleurs et de Gitanes sans filtre qu\u2019Alain allumait presque l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre, Paula exprima toute sa d\u00e9solation, toute son aversion, aussi, pour l\u2019id\u00e9ologie qu\u2019elle avait servie. Le prisme de ce qu\u2019elle disait se refl\u00e9tait dans les yeux de son p\u00e8re p\u00e9trifi\u00e9 d\u2019entendre que son absence \u00e9tait l\u2019une des sources de sa haine. Elle avait recherch\u00e9 l\u2019image du p\u00e8re, partout, m\u00eame dans les r\u00e9miniscences naus\u00e9abondes des pens\u00e9es d\u2019extr\u00eame droite. Puis elle se tut durant un long moment.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>C\u2019est lorsque tu m\u2019as retrouv\u00e9 que tu as chang\u00e9 d\u2019avis&nbsp;? demanda Alain.<\/li><li>Oui. Cela a tout d\u00e9clench\u00e9.<\/li><li>Parce que je suis pied-noir, parce que ta grand-m\u00e8re \u00e9tait juive&nbsp;?<\/li><li>Non. Si. Pour \u00e7a aussi.&nbsp;<\/li><li>Je te plains. Mais je te trouve courageuse, ma fille.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Pour la premi\u00e8re fois de sa vie, l\u2019expression \u00ab&nbsp;ma fille&nbsp;\u00bb lui \u00e9tait adress\u00e9e par un homme. Et pas n\u2019importe lequel. Par Alain Trisit, un des sismologues les plus r\u00e9put\u00e9s au monde et accessoirement son p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">&nbsp;Ari se r\u00e9veilla \u00e0 midi. Pour une fois et depuis les cinq derniers jours, il avait dormi comme une masse. Un coup de klaxon l\u2019avait sorti du lit vers dix heures. Il s\u2019\u00e9tait lev\u00e9 et avait discr\u00e8tement regard\u00e9 par la fen\u00eatre. Plus bas, une voiture de la Poste avait averti un des rares voisins de son arriv\u00e9e. En plein confinement, c\u2019\u00e9tait tous les jours dimanche, et il \u00e9tait difficile de tenir la comptabilit\u00e9 exacte des jours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le pain avait cuit doucement, jusqu\u2019au c\u0153ur, au-dessus des braises qui mouraient maintenant. Cela lui faisait du bien d\u2019\u00eatre au chaud dans le salon plong\u00e9 dans une obscurit\u00e9 artificielle et partielle. Il faut avouer que l\u2019\u00e9tage n\u2019\u00e9tait pas chauff\u00e9 et impossible \u00e0 r\u00e9chauffer autrement qu\u2019avec l\u2019appoint d\u2019un radiateur \u00e9lectrique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari croqua un morceau de pain \u00e0 m\u00eame la miche, chercha son paquet de cigarettes et se dirigea vers la cuisine naturellement \u00e9clair\u00e9e par un ajour dans le toit, dont la bulle filtrait les ultraviolets. Sur la table, la p\u00eache miraculeuse de la veille \u00e9tait \u00e9tal\u00e9e par piles de pages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">L\u2019op\u00e9ration nocturne n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 facile. Toutefois, en quelques minutes, Ari avait d\u00e9couvert une petite maison d\u00e9sert\u00e9e dans le village qui paraissait moins d\u00e9su\u00e8te que les autres. Il avait fractur\u00e9 la porte arri\u00e8re sans difficult\u00e9, par chance il devait s\u2019agir d\u2019une r\u00e9sidence secondaire. Elle \u00e9tait moins cossue que le pavillon, et servait sans doute aussi pour les parties de chasse.&nbsp;&nbsp;Elle avait l\u2019avantage d\u2019\u00eatre plus \u00e9quip\u00e9e. L\u2019ordinateur, dont le fond d\u2019\u00e9cran \u00e9tait une harde de sangliers morts expos\u00e9s en troph\u00e9es, n\u2019\u00e9tait pas du dernier cri, par contre il disposait d\u2019une connexion, certes rudimentaire, et d\u2019une imprimante couleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Press\u00e9, la peur au ventre, Ari avait fait vite. Il avait imprim\u00e9 une cinquantaine de pages. En majorit\u00e9 des articles issus de sites de grands journaux et de deux ou trois journaux locaux bruxellois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Peu \u00e9gocentrique, il avait cherch\u00e9 plus d\u2019informations concernant l\u2019affaire de Claude que d\u2019articles concernant son propre d\u00e9c\u00e8s. Son intention premi\u00e8re \u00e9tait d\u2019avoir suffisamment d\u2019\u00e9l\u00e9ments que pour prendre les bonnes d\u00e9cisions.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Quand il eut fini de m\u00e2cher le pain, il se pr\u00e9para un caf\u00e9 soluble et replongea dans son carnet. Son plan de bataille prenait forme au fil des informations qu\u2019il lisait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">La presse n\u2019avait que peu relay\u00e9 l\u2019information concernant le d\u00e9c\u00e8s v\u00e9loce de Jacques Durand, ce personnage qui n\u2019existait que dans La Galerie livr\u00e9e \u00e0 Juan. Cependant, dans les commentaires des sites et des blogs personnels des journalistes, sa mort et son histoire \u00e9taient relay\u00e9s par la fachosph\u00e8re. Hautement relay\u00e9s m\u00eame. Se connecter \u00e0 ses comptes \u00e9tait risqu\u00e9, Ari avait fait l\u2019impasse sur les r\u00e9seaux sociaux.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il en allait de m\u00eame pour Guillaume Sargues. Plus il lisait les informations les concernant, plus le souvenir de leur naissance \u00e9tait pr\u00e9gnant.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Tiens, pour Durand notamment. Ari se souvenait avec pr\u00e9cision de la mani\u00e8re dont il avait proc\u00e9d\u00e9 pour cr\u00e9er ce personnage. D\u2019abord, il lui avait trouv\u00e9 un nom, puis un pr\u00e9nom et un \u00e2ge. Il avait brod\u00e9 son enfance en une dizaine de lignes, sa vie sexuelle en trois et ses relations amicales en cinq ou six, peut-\u00eatre. En trente-trois mots, il l\u2019avait condamn\u00e9 pour fait de m\u0153urs avec une r\u00e9duction de peine obtenue gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui d\u2019un oncle \u00e0 la carri\u00e8re politique b\u00e2tie sur des cr\u00e9ances fort peu avouables. La retraite \u00e0 Lesbos et l\u2019attention particuli\u00e8re port\u00e9e aux jeunes Africaines, il l\u2019avait tir\u00e9e en s\u2019inspirant d\u2019un torchon du diariste Matzneff.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Dans les journaux, m\u00eame s\u2019il n\u2019\u00e9tait mentionn\u00e9 qu\u2019en commentaire, Durand avait pris vie en mourant. D\u2019apr\u00e8s ce que comprenait Ari, sa mort servait d\u2019amadous aux plus courageux des internautes fachos. Pour ne rien arranger, ce n\u2019\u00e9tait pas n\u2019importe qui, celui qui avait allum\u00e9 le feu, il s\u2019agissait quand m\u00eame de Emile-Jean Roismier, le nouveau pr\u00e9sident du Rassemblement National.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Les morts de Durand et de Sargues n\u2019\u00e9taient que des leurres, de fausses informations, des infox au service d\u2019une propagande dont Ari avait encore du mal \u00e0 discerner toutes les nuances.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Dans le sud de la France, il faisait froid, mais le soleil \u00e9tait de la partie. Les gens confin\u00e9s chez eux, les rues \u00e9taient calmes, en tout cas dans les quartiers r\u00e9sidentiels et dans le centre-ville. Pour Sofia, en cas de contr\u00f4le, le risque d\u2019amende ou d\u2019ennuis \u00e9tait faible, presque proche de z\u00e9ro. Carte de presse oblige. Pour Claude, avec une notice Interpol tapiss\u00e9e dans tous les commissariats et sa photo tournant en boucle sur tous les prompteurs de voitures, c\u2019\u00e9tait une tout autre histoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ils avaient peu dormi. La discussion n\u2019avait pas dur\u00e9 longtemps avant de trouver un consensus. Dix minutes tout au plus. Claude avait enjoint Sofia \u00e0 confirmer son d\u00e9part pour le Maghreb, mais sans citer son nom, en cas d\u2019interception. Elle avait, sans citer Claude, invit\u00e9 Ari \u00e0 rapidement la rejoindre au Maroc. Elle avait ouvert la bo\u00eete aux lettres morte sur ProtonMail et y avait r\u00e9dig\u00e9, \u00e0 l\u2019attention d\u2019Ari, ce message sauvegard\u00e9 ensuite dans les brouillons.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il leur avait fallu faire leurs bagages rapidement. Pour Claude, ce fut chose ais\u00e9e, il n\u2019avait pas grand-chose avec lui. Il remisa son casque de moto, descendit l\u2019engin au garage en prenant le soin d\u2019\u00f4ter les plaques. Il neutralisa aussi le syst\u00e8me d\u2019alarme. Un vol serait moins grave que la d\u00e9couverte de l\u2019engin hurlant. Ainsi, Sofia profita du fait que Claude voyageait l\u00e9ger pour lui attribuer un sac empli de ses effets personnels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Maintenant, ils \u00e9taient tous les deux, les sacs de voyage dans le coffre du v\u00e9hicule de Sofia et la carte de presse sur le tableau de bord. Il leur fallait aussi compter sur la chance, et cela durant les deux heures de route qui les s\u00e9paraient du Consulat g\u00e9n\u00e9ral du Royaume du Maroc, rue Pujol, \u00e0 Toulouse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">En un peu plus d\u2019une heure, en empruntant l\u2019A61, l\u2019autoroute des Deux Mers, Claude et Sofia d\u00e9pass\u00e8rent Carcassonne sans trop de difficult\u00e9s. Mais, \u00e0 l\u2019approche de Castelnaudary, la tension \u00e9tait palpable comme pendant les grandes man\u0153uvres. La proximit\u00e9 du 4<sup>e<\/sup>&nbsp;r\u00e9giment \u00e9tranger, fleuron de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, amenait son flot de camions et de v\u00e9hicules militaires. Sofia bifurqua en quittant l\u2019autoroute pour mieux la reprendre apr\u00e8s. Pr\u00e8s de Saint-Papoul, la situation se crispa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Alors qu\u2019Ari p\u00e9n\u00e9trait une nouvelle fois dans la maison isol\u00e9e pour profiter de l\u2019ordinateur et approfondir ses recherches, \u00e0 Bruxelles, Juan venait de passer la premi\u00e8re porte du labo.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Apr\u00e8s une salle d\u2019exposition o\u00f9 les plus belles r\u00e9alisations m\u00e9dicamenteuses des filiales de Beylaeir et quelques prix d\u2019innovation \u00e9taient expos\u00e9s, Juan \u00e9tait descendu au deuxi\u00e8me sous-sol, sous bonne garde. Le cerb\u00e8re lui collait aux basques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Lorsque ce dernier colla son \u0153il sur l\u2019appareil de biom\u00e9trie oculaire, le premier sas s\u2019ouvrit. Il r\u00e9p\u00e9ta l\u2019action deux fois avant qu\u2019ils ne se retrouvent dans la partie bureau du labo. Plusieurs zones \u00e9taient d\u00e9termin\u00e9es en fonction de codes couleur, de lettres et de chiffres. Juan n\u2019y connaissait absolument rien, mais depuis le d\u00e9but de la pand\u00e9mie, comme tout le monde, il savait ce que signifiait le niveau&nbsp;P4.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Cependant, il n\u2019\u00e9tait pas question d\u2019avoir peur. Tout ceci n\u2019\u00e9tait qu\u2019une sorte de mascarade. L\u2019accr\u00e9ditation officielle de cette classe de dangerosit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la livraison du chantier, mais depuis aucune \u00e9tude de ce genre n\u2019y avait \u00e9t\u00e9 suivie. Tout cela n\u2019\u00e9tait qu\u2019une fa\u00e7ade.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Tout au fond de cette aile s\u00e9curis\u00e9e, une salle des coffres \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9e par un nouveau sas. Le cerb\u00e8re ne pouvait aller plus loin, il laissa la place \u00e0 Juan qui, en plus du badge transparent, appliqua la paume de la main sur un r\u00e9cepteur. La porte principale s\u2019ouvrit. Il tourna \u00e0 droite pour acc\u00e9der \u00e0 un petit local dissimul\u00e9. L\u00e0 se trouvait l\u2019entr\u00e9e unique de ce qui devait \u00eatre, apr\u00e8s la salle des commandes nucl\u00e9aires de l\u2019OTAN, la pi\u00e8ce la plus s\u00e9curis\u00e9e sur le territoire belge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">L\u2019\u00e9paisse double porte battante se referma automatiquement. Pour la cinqui\u00e8me fois de sa vie, Juan p\u00e9n\u00e9trait dans le Saint des Saints. Face \u00e0 lui, une \u00e9norme table en U \u00e9clair\u00e9e par des halos de lumi\u00e8re tr\u00e8s concentr\u00e9e. Autour d\u2019elle, sept personnes toutes v\u00eatues d\u2019un costume trois-pi\u00e8ces, d\u2019une chemise blanche et d\u2019une cravate sombre, le consid\u00e9raient de pied en cape.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le premier qui se mit \u00e0 parler fut Gebo, le repr\u00e9sentant belge du BNU. Il remercia Juan et lui pr\u00e9senta les membres qu\u2019il n\u2019avait encore jamais vus en face \u00e0 face.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00ab&nbsp;Jera, notre ami fran\u00e7ais, se trouve \u00e0 ma droite. Dans l\u2019ordre apr\u00e8s lui, Fehu qui nous vient d\u2019Allemagne, Kaunan d\u2019Italie du Nord, il faut \u00eatre pr\u00e9cis. \u00c0 votre droite, Thurisaz qui repr\u00e9sente les contr\u00e9es autrichiennes, Raidho la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique et enfin Ansuz qui nous arrive tout droit d\u2019Ath\u00e8nes.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Au-dessus d\u2019eux, un \u00e9norme Soleil noir sculpt\u00e9 recouvrait le plafond. Parfaite r\u00e9plique de celui du ch\u00e2teau de Wewelsburg. Les douze \u00ab&nbsp;sowilo&nbsp;\u00bb entrelac\u00e9s recouverts d\u2019une pellicule d\u2019or donnaient \u00e0 ce symbole un aspect plus solaire encore, magique. L\u2019ambiance \u00e9tait solennelle, le ton utilis\u00e9, aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Tout d\u2019abord, Juan exposa les premiers r\u00e9sultats. L\u2019ordinateur avait d\u00e9j\u00e0 s\u00e9lectionn\u00e9 plusieurs sc\u00e9narios et dix individus \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 devenus les fausses victimes du BTA12. Cinq autres, dont Guillaume Sargues et Jacques Durand, avaient \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s pour lancer des rumeurs. Juan remercia d\u2019ailleurs Jera, le Fran\u00e7ais, pour la participation active du Rassemblement National lors de l\u2019interview de la veille.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ensuite, il d\u00e9tailla la phase suivante de l\u2019op\u00e9ration LAND. La pollution informationnelle en \u00e9tait l\u2019objectif principal. Il fallait, comme cela \u00e9tait pr\u00e9vu, de la confusion et surtout de la fermeture des fronti\u00e8res pour asseoir cet \u00e9tat de fait. L\u2019Europe \u00e9tait fragile, ses accords et ses fondements aussi. Il fallait que le peuple europ\u00e9en fraternise dans ses fronti\u00e8res tout en les r\u00e9tablissant.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Sur les visages des sept fondateurs du BNU, les expressions commen\u00e7aient \u00e0 se former. Plus Juan \u00e9voquait les premiers r\u00e9sultats, plus les mines se rel\u00e2chaient, m\u00eame si l\u2019on n\u2019en \u00e9tait pas encore \u00e0 l\u2019effusion de joie. Il commen\u00e7a \u00e0 entrer dans les d\u00e9tails et \u00e0 \u00e9voquer le planning lorsque Fehu, l\u2019Allemand le questionna.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Les infox, c\u2019est bien pour le terreau. Pour l\u2019opinion, il nous faut des actions.<\/li><li>Comme vous le savez, r\u00e9pondit Juan, c\u2019est pr\u00e9vu. Il faut d\u2019abord\u2026<\/li><li>Deux minutes&nbsp;! coupa Fehu, il a toujours \u00e9t\u00e9 question d\u2019avoir une op\u00e9ration modulaire.&nbsp;<\/li><li>C\u2019est vrai. Mais je crois qu\u2019il faut d\u2019abord envoyer plus de messages, obtenir plus de relais avant de nous servir de La Galerie.<\/li><li>Tous nos hommes sont pr\u00eats&nbsp;! Les jeunes sont d\u00e9vou\u00e9s. Pour cela, il est vrai que l\u2019on peut attendre, admit Gebo, le ma\u00eetre belge de c\u00e9r\u00e9monie.&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Pas pour les canc\u00e9reux, r\u00e9torqua Jera, le Fran\u00e7ais.<\/li><li>Ni pour les vaccin\u00e9s, intervint \u00e0 nouveau Fehu.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ils \u00e9taient finalement d\u2019accord. Les six membres se ralli\u00e8rent \u00e0 l\u2019avis de Fehu, et Juan obtemp\u00e9ra. M\u00eame s\u2019il trouvait qu\u2019il \u00e9tait encore trop t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Le temps du grand soir selon Juan \u00e9tait arriv\u00e9. Il sortit de la pi\u00e8ce secr\u00e8te, traversa le labo, se fit accompagner par le cerb\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la voiture et prit le chemin du retour. La pluie tombait \u00e0 nouveau et les essuie-glaces eurent un effet presque hypnotique sur lui. Tout au long de la route, il songea \u00e0 ce qu\u2019allaient devenir les dizaines de bombes virales qu\u2019ils allaient l\u00e2cher dans la nature. Tout cela gr\u00e2ce aux identit\u00e9s concoct\u00e9es par Aristote Livuzian et au travail du super ordinateur avec son logiciel pr\u00e9dictif. Des mois que la machine moulinait et cr\u00e9ait de fausses vraies traces de ces personnages sur la toile. Une v\u00e9ritable usine \u00e0 couvertures.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari regarda sa montre \u00e0 la lueur du vieil \u00e9cran cathodique sur lequel s\u2019affichait un document tr\u00e8s int\u00e9ressant. Il \u00e9tait quatre heures du matin. Rassur\u00e9 d\u2019avoir lu le message de Sofia, confiant de la savoir accompagn\u00e9e par Claude et en route pour le Maroc via aide diplomatique, il pouvait maintenant se concentrer.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Depuis qu\u2019il \u00e9tait en cavale, c\u2019est-\u00e0-dire depuis la premi\u00e8re information concernant Guillaume Sargues, jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9couverte de l\u2019annonce de son propre d\u00e9c\u00e8s et de la potentielle implication de Claude dans celui-ci, Ari avait griffonn\u00e9 un tas de sc\u00e9narios dans son carnet de moleskine. Le d\u00e9nominateur commun \u00e9tait toujours Juan. Lorsqu\u2019il se posait les questions de qui avait int\u00e9r\u00eat \u00e0 le tuer, de qui pouvait bien tirer les ficelles en discr\u00e9ditant Claude ou encore de qui ne voulait surtout pas voir l\u2019affaire de personnages mise sur la place publique, Ari en revenait toujours \u00e0 Juan.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ce qu\u2019il ne comprenait pas, c\u2019\u00e9tait le but de la man\u0153uvre. Mais sans doute que l\u2019article qu\u2019il avait devant lui \u00e9tait une piste \u00e0 suivre. Il ne restait que peu de feuilles dans l\u2019imprimante, il effectua donc quelques copier-coller dans un document Word et choisit une taille de police tr\u00e8s petite. La p\u00e9nurie de papier \u00e9tait bien r\u00e9elle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">\u00c0 cinq heures du matin, Ari avait regagn\u00e9 le pavillon. Comme lors de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente, il avait pris soin de nettoyer au maximum les traces de son passage dans la petite maison de chasse, y compris sur l\u2019ordinateur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Il \u00e9tait temps de se reposer un peu. Ari prit alors une douche, fuma une derni\u00e8re cigarette en marchant dans le salon et se promit qu\u2019il aurait termin\u00e9 son plan pour le soir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Dans le petit village, en plein confinement, Ari \u00e9tait \u00e0 l\u2019abri. Une fois dehors, quand le temps de l\u2019action serait venu, sa seule s\u00e9curit\u00e9 serait encore que Juan et ses sbires le croient mort. Pour l\u2019instant, il avait l\u2019avantage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">La moiti\u00e9 du monde \u00e9tait d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019arr\u00eat. Un peu partout, on avait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le confinement. Bien entendu, en fonction des zones g\u00e9ographiques, ce dernier \u00e9tait \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable. Chez les plus pauvres, au sud,&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;le respect des r\u00e8gles \u00e9tait relatif. Quant aux pays nordiques, la r\u00e9pression n\u2019\u00e9tait que peu n\u00e9cessaire. Dans les journaux, on \u00e9voquait d\u00e9j\u00e0 la crise \u00e9conomique \u00e0 venir, les manifestations de m\u00e9contentement qui repartiraient de plus belle. Peu de sachants s\u2019inqui\u00e9taient pourtant des vraies questions de soci\u00e9t\u00e9, des bouleversements \u00e0 venir et de l\u2019opportunit\u00e9 qu\u2019offrait cette crise aux extr\u00e9mistes de tout bord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Dans la voiture gar\u00e9e dans une ruelle discr\u00e8te adjacente au consulat, Claude referma l\u2019\u00e9dition du Figaro achet\u00e9e juste en face par Sofia. On ne parlait d\u00e9j\u00e0 plus de lui. Il replia de journal et le d\u00e9posa sur le tableau de bord. Un entrefilet \u00e9voquait les pertes de libert\u00e9s individuelles \u00e0 venir. On annon\u00e7ait un tra\u00e7age syst\u00e9matique des personnes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Au premier \u00e9tage du Consulat g\u00e9n\u00e9ral du Royaume du Maroc, Sofia \u00e9tait en grande conversation, par visioconf\u00e9rence, avec son cousin Reza.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Es-tu bien certain qu\u2019il pourra passer aussi, demande Sofia.<\/li><li>Oui, ne t\u2019en fais pas. Une fois dans l\u2019avion, ton ami aura un passeport diplomatique avec une autre identit\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Merci. Le vrai danger, c\u2019est entre le consulat et l\u2019a\u00e9roport, alors&nbsp;? demanda Sofia.<\/li><li>Oui, l\u00e0 je ne peux rien faire. Votre avion arrivera \u00e0 Blagnac dans deux heures maintenant.<\/li><li>On prendra deux voitures, non&nbsp;?<\/li><li>Oui, c\u2019est mieux. Essaie de ne pas \u00eatre avec lui s\u2019il se fait arr\u00eater. Ta notori\u00e9t\u00e9, en France, vaut plus que ton passeport marocain.<\/li><li>Mais j\u2019ai une carte presse.&nbsp;<\/li><li>Justement, ma cousine&nbsp;! Il ne faudrait pas que mon nom soit cit\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/li><li>Je sais.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Sofia esquissa un large sourire \u00e0 celui qu\u2019elle consid\u00e9rait comme son fr\u00e8re. Il faisait tout ce qu\u2019il pouvait pour elle, quitte \u00e0 mettre en danger une carri\u00e8re prometteuse au sein des services de renseignement marocains. Elle avait maintenant \u00e0 pr\u00e9parer Claude pour les derniers m\u00e8tres avant d\u2019\u00eatre en s\u00e9curit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari ne dormit que trois heures ce matin-l\u00e0. Le sommeil \u00e9tait venu avec difficult\u00e9 apr\u00e8s une nuit pourtant studieuse et assez angoissante. Il avait aussi r\u00eav\u00e9 ou plut\u00f4t cauchemard\u00e9. Un visage anguleux aux traits pourtant fins, une m\u00e2choire marqu\u00e9e, des yeux bleus, des \u00e9ph\u00e9lides sur le nez et des cheveux blonds.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ce visage l\u2019appelait et l\u2019appelait encore. Il s\u2019\u00e9tait r\u00e9veill\u00e9, paniqu\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il ne parvenait plus \u00e0 se souvenir de son nom. Pourtant, il l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 vue. Et \u00e0 maintes reprises. Il alluma une cigarette, sortit du lit et marcha vers la salle de bain. \u00ab&nbsp;O\u00f9, putain&nbsp;! Mais o\u00f9 l\u2019ai-je vue&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Ari ferma les yeux devant le miroir. Lorsqu\u2019il les ouvrit \u00e0 nouveau, \u00e0 travers les volutes de fum\u00e9e, il se rappela d\u2019un d\u00e9tail. Le visage \u00e9tait entour\u00e9 de grandes verri\u00e8res, de poutres de bois et de plantes. \u00ab&nbsp;Un jardin tropical&nbsp;?&nbsp;\u00bb demanda-t-il \u00e0 haute voix. Ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e7a. Il se rappela d\u2019un escalier, d\u2019un sol pav\u00e9. \u00ab&nbsp;Le parlement&nbsp;\u00bb, s\u2019exclama-t-il. Il cligna \u00e0 nouveau des paupi\u00e8res et la vit accoud\u00e9e au bastingage d\u2019un couloir donnant sur la cour int\u00e9rieure du Parlement europ\u00e9en, \u00e0 Strasbourg.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-very-light-gray-color\">Tout alors devint clair. Le visage dont il cherchait l\u2019identit\u00e9 appartenait \u00e0 celle dont il avait lu les analyses durant la nuit. Paula Lebrun.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-background has-text-align-center has-very-dark-gray-color has-luminous-vivid-amber-background-color\"><strong>&#8211; FIN DE L\u2019EPISODE 5-<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-color has-text-align-center has-luminous-vivid-amber-color\"><strong>Vous retrouverez le prochain \u00e9pisode (6) le 29 avril sur notre site.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux possibilit\u00e9s s\u2019offrent \u00e0 vous pour lire cet \u00e9pisode : ==&gt; Soit dans le flibook juste ci-desssous==&gt; Soit directement sur cette page (voir plus bas). La Galerie &#8211; Episode 5&#8211; SOLEIL NOIR De grosses larmes chaudes et huileuses coulaient le long des joues de Sofia. 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